Sandrine Ben David

25 septembre 2014

Lelouch - Israël : Une histoire d’amour…

« Je suis toujours d’accord pour promouvoir le cinéma. C’est une démarche très égoïste en réalité. Parce que, plus il y aura de gens qui aimeront le cinéma, plus il y aura de gens qui viendront voir mes films », dit Claude Lelouch avec humour lorsqu’on lui demande pourquoi il a accepté de participer à la première édition de Lumière 2009, le tout nouveau festival du film initié en octobre 2009 par Thierry Frémaux, directeur de l’institut Lumière et délégué général du festival de Cannes.

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Le réalisateur émérite de « Un homme et une femme » (1966), « L’aventure, c’est l’aventure » (1972), « Itinéraire d’un enfant gâté » (1988), « Roman de Gare » (2007), et tant d’autres chefs d’œuvre évoque son rapport au septième art, à l’industrie du cinéma, et pour la première fois sa relation avec Israël et le judaïsme.

« On ne peut pas être un amoureux du cinéma et ne pas être ému devant les films des frères Lumière »

Je voudrais tout d’abord que vous réagissiez à l’initiative de Thierry Frémaux et à ce grand évènement qu’est la première édition du festival Lumière 2009…

Je trouve cette initiative d’autant plus intéressante qu’elle me semble complémentaire au travail que fait Thierry au festival de Cannes. D’un coté les films qui arrivent et de l’autre, les films qui ont fait l’histoire du cinéma. Je trouve donc qu’il y a une complémentarité formidable entre les deux choses. C’est un peu comme si vous parliez de la vie de quelqu’un et puis de ces parents. Si on peut parler du cinéma comme cela, je pense que c’est formidable. Et le fait que ce soit le même homme au cœur de cette tentative est formidable. C’est une idée simple et très bonne.

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Quelle est selon vous l’importance du regard porté sur le cinéma naissant pour un cinéaste d’aujourd’hui, dans un contexte contradictoire ou, d’une part, le monde du cinéma se modernise considérablement, avec le passage au numérique, et, d’autre part, où son existence est menacée par les nouveaux médias ?

C’est un sujet complexe, mais qui fait partie de la vie et du temps. Le monde est en constante évolution. Ce que je trouve très émouvant dans les films des frères Lumière, ce sont les contraintes importante– on ne pouvait faire des films que de cinquante secondes, on ne pouvait faire pratiquement que des plans d’ensemble – et, paradoxalement, leur étonnante modernité. On ne peut pas être un amoureux du cinéma et ne pas être ému en voyant ces films.

« C’est justement parce que tout le monde peut faire des films que ça va être de plus en plus difficile d’en faire »

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Pensez-vous que la liberté totale, physique, technologique, qu’a acquise le cinéma aujourd’hui, lui soit une entrave?

Non. C’est vrai que la contrainte sollicite toujours l’imagination. Et j’en suis un exemple professionnel. Lorsque j’étais pauvre, j’ai fait des films de pauvre, lorsque j’étais riche j’ai fait des films de riche. Mais vous savez, le numérique n’est qu’une étape. L’image va aller encore beaucoup plus loin que ce qu’elle nous propose aujourd’hui. C’est une étape intéressante, passionnante. Le cinéma, aujourd’hui, traverse une crise qui n’est pas une crise de metteurs-en-scène. De plus en plus de gens ont envie de filmer, même avec des téléphones portables, et tout le monde peut faire des films, de nos jours. Et c’est justement parce que tout le monde peut faire des films que ça va être de plus en plus difficile d’en faire. Si c’est une époque facile pour les comédies, les films d’ados et les gros castings, dès qu’un film est un peu ambitieux aujourd’hui, c’est un cauchemar. C’est la première fois l’histoire du cinéma que les films d’auteur traversent une période aussi difficile.

« Chaque nouveau film que je fais est un cadeau »

Qu’est-ce qui doit changer ?

La demande. Il faut que le public se lasse des films « faciles » et des têtes d’affiche. Qu’il devienne plus exigeant. Et même si l’on peut penser que le public est manipulé par le marché et par les producteurs, quelquefois, certaines grosses productions très prometteuses se « plantent ». Et lorsque cela se produit, les films ambitieux trouvent du public et du succès. D’où tout l’intérêt de ce type de festival, dont le caractère est d’abord éducatif pour le public.

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Qu’est-ce que vous diriez aujourd’hui à un jeune qui veut faire du cinéma ?

Qu’il achète une petite caméra, qu’il enrôle quelques bons copains, et qu’il fasse le film qu’il veut faire, en disant « merde » à tout le monde. C’est ce que j’ai dit à Claude Lelouch quand il avait dix-huit ans.

Avez-vous affronté des difficultés dans votre carrière?

J’ai toujours fait les films que j’avais envie de faire. J’ai toujours pris des risques, financé mes films moi-même. Je ne suis jamais parti « couvert », comme on dit. J’ai quarante-trois films derrière moi, donc, j’ai fait le plus dur. Chaque nouveau film que je fais ujourd’hui, c’est un cadeau, un miracle. Encore plus que parle passé. Quand j’évoque ces problèmes, c’est aux jeunes metteurs en scène que je pense. Ceux qui deviennent esclaves du marché. Bien sur, ils trouvent du travail. Mais ce n’est pas ça, la mise en scène. Ce n’est pas faire de la régie, être au service des acteurs, des scénaristes et des producteurs. Parce qu’avec ce principe, il y a moins de navets qu’avant, mais il n’y a plus de grands films. Ou en tout cas, beaucoup moins. Un grand film, c’est d’abord une prise de risque.

« J’ai essayé de faire la synthèse de tout ce qui m’a donné envie de vivre depuis soixante-dix ans »

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Qu’en est-il de votre dernier film ?

C’est l’aboutissement d’un rêve que j’ai rêvé dans les années soixante-dix. J’ai commencé d’ailleurs à tourner des plans de ce film à cette même période. J’ai rêvé de ce film toute ma vie et le miracle vient de se produire. J’ai essayé de faire la synthèse de tout ce qui m’a donné envie de vivre depuis soixante-dix ans, de ce qui m’a donné envie de me lever à cinq heures du matin tous les jours, de cette curiosité qui a fait de moi une « concierge ». Vous savez, chaque film est un brouillon du prochain. J’espère que celui-ci est le moins brouillon de tous. On est en postproduction. Si tout va bien, le film sera prêt en février-mars.

« La curiosité, qui est un vilain défaut dans la vie, est la principale qualité du cinéma »

Doit-on s’attendre à une présentation à Cannes ?

Tout est possible. Mais ce n’est pas forcément une bonne idée pour un film d’aller à Cannes. J’attends que le montage soit fini pour savoir si on a besoin de Cannes ou pas. Si c’est uniquement pour une question d’égo, ce n’est pas une bonne raison. J’irai à Cannes uniquement si ça sert le film.

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Parlez-nous de votre dernier livre…

« Ces années-là » est un livre que j’ai écrit à l’occasion de mes cinquante ans de cinéma. C’est un livre un peu destiné à mes enfants, aux jeunes qui ont envie de faire des films et qui ont « peur » des écoles de cinéma. J’essaie de leur expliquer qu’on peut faire du cinéma simplement avec de l’amour, qu’on n’a pas besoin d’avoir des diplômes pour devenir cinéaste. C’est un art populaire, à la disposition de tous les gens qui sont curieux. Car la curiosité, qui est un vilain défaut dans la vie, est la principale qualité du cinéma. A la suite de ce livre, il y a un documentaire, qui s’appelle « D’un film à l’autre », qui va sortir, et qui raconte la chronologie de mes films. C’est une sorte de « best-off » des meilleures séquences de ma filmographie, et j’explique comment ces séquences ont été réalisées. C’est un film très ludique. Il devrait sortir en début d’année 2010, et je vais peut-être essayer de le sortir directement à la télévision, pour qu’il ait une diffusion plus large que dans les salles.

« Il y a six milliards de façons de communiquer avec ce grand point d’interrogation, que certains appellent Dieu et que moi j’appelle « le Grand Metteur en Scène » »

Quels rapports entretenez-vous avec le judaïsme et avec le divin ?

C’est un sujet cher à mon cœur. Par mon papa. Ma maman s’est convertie au judaïsme par amour pour lui et pour que je sois moi-même juif. Mais elle n’a pas tout à fait renoncé à la religion catholique. J’ai donc finalement grandi autant dans les synagogues que dans les églises (rires). Ca m’a permis d’être un peu un juge. Je pense que mes films sont le reflet de cette double culture. Et ça m’a procuré une grande tolérance, à l’égard de toutes les religions. Je pense qu’elles sont toutes importantes, parce qu’elles sont les refuges des gens les plus malheureux. Je pense qu’il faut protéger ces refuges, à conditions qu’ils ne deviennent pas des dictatures et ne spéculent pas sur le malheur des gens. Je pense aussi que la religion est une chose intime. Je n’ai pas besoin d’une synagogue ou d’une église pour prier. Je prie dans les bois. Je pense que les arbres sont de très bonnes antennes pour atteindre le « ciel ». Ce que je veux dire, c’est qu’il y a autant de religions que d’individus en réalité. Chacun de nous invente, au cours de sa vie, sa propre religion. Il y a six milliards d’individus et il y a six milliards de façons de communiquer avec ce grand point d’interrogation, que certains appellent Dieu et que moi j’appelle « le Grand Metteur en Scène ». J’ai inventé une langue à moi pour lui parler, mais je ne voudrais pas l’apprendre à mes enfants, ni à qui que ce soit.

« Israël est le pays qui nous explique le mieux le monde dans lequel nous vivons »

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La dernière fois que vous étiez en Israël, c’était en 2007, pour présenter « Roman de Gare » à Tel-Aviv. Quels rapports entretenez-vous avec le pays, avec son histoire et son actualité ?

Israël est un pays complètement irrationnel. On ne peut rien en dire d’autre que des bêtises, de l’extérieur. Je pense que les gens qui parlent de ce pays, à la fois ceux qui l’aiment trop et ceux qui ne l’aiment pas, disent des bêtises. Mais c’est un voyage incontournable. On ne peut pas être adulte, si on n’est pas passé par Israël, parce que c’est le pays qui nous explique le mieux le monde dans lequel nous vivons. Parce qu’on y est au cœur de toutes les contradictions. De tous les paradoxes. Et de l’amour. Car la force de ce pays c’est que, malgré tout ça, quand on en parle, on en est amoureux. Ce qui me touche beaucoup, surtout, c’est la « certitude » des gens qui y vivent. Chaque individu en Israël vous donne l’impression de détenir la vérité ultime. Et on n’a pas envie de les contredire. Je crois aussi que l’une des grandes forces de ce pays, c’est le rapport exceptionnel qu’ils ont à la famille. Incontestablement, ce que j’aime chez le peuple juif, c’est qu’ils ont mieux compris ce qu’était la famille que tous les autres. C’est eux qui l’ont inventé d’ailleurs. La caricature de la « mère juive » n’est pas une caricature. Elle existe vraiment (rires). Ce sont eux aussi qui ont inventé la critique. Ils sont très forts pour ça. Mais de temps en temps, on a envie de leur dire : «Stop. Ca suffit, arrêtez ! On dit de vous que vous êtes très malins, très intelligents. Alors, comment se fait-il qu’au bout de soixante ans vous n’ayez pas encore réussi à faire la paix ? »

« C’est la naïveté, à mon avis, qui va permettre, un jour, de conclure un accord de paix »

Vous croyez à la paix ?

Oui. Vous savez, on m’a souvent reproché mon optimisme mon optimisme et ma naïveté dans mes films. Pour Israël, moi j’ai envie d’être optimiste. Et naïf. Et c’est la naïveté, à mon avis, qui va permettre, un jour, de conclure un accord de paix. Je suis  persuadé qu’au fond, ces deux peuples qui se déchirent sont faits pour s’entendre. C’est un peu comme un couple qui se fait la gueule depuis longtemps. Et un couple qui se fait la gueule, il ne rêve que d’une chose en réalité, c’est de se réconcilier. Et je pense que le jour où la réconciliation va avoir lieu, ce sera la plus belle fête qui ait jamais eu lieu. Oui, j’y crois.

Qu’est-ce que vous inspire le cinéma israélien ?

C’est un cinéma qui est complètement à l’image de son pays. Et qui est obligé de ressembler à son pays, au risque de trahison. Israël est un pays qui est fait pour le cinéma. S’il y a un pays qui est photogénique, c’est Israël. S’il y a des acteurs qui sont photogéniques, ce sont les israéliens. Ils sont beaux, ils sont courageux, polymorphes, impétueux…

« S’il y a un pays qui est photogénique, c’est Israël. S’il y a des acteurs qui sont photogéniques, ce sont les israéliens »

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Vous aimeriez tourner un film là-bas?

J’y suis allé plusieurs fois. Et il n’est pas du tout impossible que j’y tourne un jour. A l’époque, j’avais un projet de tournage pour lequel j’ai demandé audience à David Ben Gurion. Il m’a reçu très gentiment, m’a expliqué qu’il n’avait pas eu vraiment le temps, dans sa vie, d’aller au cinéma (rire). Mais lorsque je lui ai demandé de pouvoir réquisitionner des éléments militaires, il m’a simplement répondu : « la sécurité d’Israël est trop importante ». Et le projet n’a jamais abouti. Mais si je devais faire aujourd’hui un film en Israël, je crois que je ne voudrais pas filmer le conflit. J’irais plutôt vers le cas particulier, raconter l’histoire d’un couple qui serait une paraphrase du conflit.

Une histoire d’amour ?

Forcément. Forcément une histoire d’amour…

 

Sandrine Ben David (Jerusalem Post, novembre 2009)

 

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09 octobre 2012

Des enfants cachés de la Shoah jusqu’à l’Exodus, l’extraordinaire destin de l’abbé Glasberg

Le 20 novembre 2008, l’abbé Alexandre Glasberg faisait l’objet d’une grande exposition à l’église Saint Alban de Lyon. Le 5 Mai 2004 à Lyon l’ambassadeur d’Israël en France, S. E. Nissim ZVILI lui remettait, à titre posthume, la médaille des 3Justes Parmi les Nations3, pour avoir, de 1939 à 1942, œuvré à délivrer des camps ouverts par Vichy un maximum d’internés juifs, pour son engagement, après la guerre dans l’odyssée de l’Exodus, puis enfin pour son sauvetage des juifs d’Irak. La discrétion de l’Abbé Glasberg sur son action, sur ses résultats est aussi légendaire que son dévouement.

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L’Eglise Catholique et les Juifs pendant la guerre 1939-45

Dans le catholicisme lyonnais des années 1940 qui compte bien des personnalités remarquables, l’Abbé Alexandre Glasberg est certes une des plus fortes, et bien particulière : Ukrainien et Juif par ses origines, parlant yiddish aussi bien ou mieux que le français, arrivé à Lyon après une longue traversée d’Europe en passant par une abbaye trappiste et plusieurs séminaires, c’est aussi un homme dont la vitalité et la robuste audace ne craignent aucune autorité et ne s’embarrassent d’aucune légalité pour arriver à ses fins. Et pourtant, ce singulier abbé a été la cheville ouvrière d’une œuvre lyonnaise, l’Amitié chrétienne, chaînon essentiel dans la transformation, bien au-delà de Lyon, des relations entre les catholiques et les Juifs dans notre pays. En 1940, le catholicisme lyonnais est dans une situation ambiguë devant ce qu’on appelle alors la « question juive ». En fond de tableau, les mentalités conservent l’imprégnation de siècles d’antijudaïsme chrétien, véhiculé depuis les Pères de l’Eglise jusqu’au XXe siècle, sans que l’Eglise en ait jamais fait un article de foi, par des sermons et des cantiques, des catéchismes et des textes liturgiques comme la prière du Vendredi saint « Prions pour les Juifs infidèles». Un nouvel antisémitisme s’est développé chez les catholiques français au temps de Drumont et de l’affaire Dreyfus : antisémitisme de ressentiment qui accuse les Juifs, avec les protestants et les francs-maçons, d’avoir fomenté le recul de l’Eglise et les mesures anticléricales de la République Dans les années 30, années de crise économique et d’immigration, la concurrence professionnelle, la peur de l’étranger et le besoin d’un bouc émissaire ont provoqué en France une poussée d’antisémitisme haineux qui gagne aussi la droite catholique, surtout lorsque les adversaires du Front populaire s’acharnent contre Léon Blum Le régime de Vichy fait de l’antisémitisme une doctrine officielle ; il prend dès l’automne 1940, de sa propre initiative et sans pression allemande, des lois contre les Juifs qu’il accuse d’être responsables de la défaite : les citoyens Français de confession israélite deviennent des citoyens diminués, exclus de la fonction publique et des professions influentes ; les Juifs étrangers sont internés arbitrairement dans des camps.

A partir de 1941, la réaction catholique se manifeste

D’abord l’action de secours. C’est là qu’excelle l’Abbé Glasberg, couvert par le Cardinal Gerlier auquel il a révélé très tôt la détresse des étrangers internés dans les sinistres camps de la honte ; il crée pour ceux qu’il parvient à en faire sortir des Centres d’accueil. En 1942 est créée à Lyon l’Amitié chrétienne, oeuvre interconfessionnelle qui collabore avec les organisations juives, officielles ou clandestines, qui accueillent, secourent et cachent les Juifs sans ressources ou menacés. Le père Chaillet, jésuite professeur à Fourvière, en est le principal animateur, avec l’Abbé Glasberg. Lors des grandes rafles d’août 1942 en zone libre, ces sauveteurs réussissent avec leurs amis Juifs à sortir illégalement du centre de tri de Vénissieux une centaine d’enfants : Gerlier permet leur hébergement dans des couvents et s’oppose courageusement au préfet qui exigeait qu’il soient remis aux autorités. Ces actions créent une solidarité entre les sauveteurs Juifs et chrétiens.

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L’engagement de l’Abbé Glasberg après la guerre

Alexandre Glasberg s’est montré particulièrement sensible à la détresse de ses anciens coreligionnaires, survivants des camps de la mort et des persécutions nazies. Il a manifesté un grand intérêt à l’idée de la création d’une nouvelle patrie en Palestine. Il avait le sentiment que, dans les kibboutzim, se forgeait un homme nouveau, transcendant les contraintes du capitalisme et notamment de la condition de salarié.

A deux reprises, il va prendre des initiatives d’exception pour soutenir ce projet.

Alexandre Glasberg s’est très fortement impliqué dans l’histoire de ce vieux bateau américain, rebaptisé Exodus, qui embarque 4554 rescapés juifs pour tenter de les conduire en Palestine, sans succès par suite d’un blocage des autorités britanniques.

Cet épisode tragique fut l’occasion pour lui d’une réflexion large sur la dimension sociale qu’il représentait et qu’il consigna dans un ouvrage : « La leçon sociale de l’affaire de l’Exodus. »

L’abbé Glasberg ne s’est pas contenté de soutenir la naissance de l’Etat d’Israël. Il a été très rapidement conscient de la nécessité de promouvoir un dialogue israélo-palestinien. On l’a vu s’investir notamment en 1976 et 1977 dans l’organisation de rencontres à Paris au sein d’un petit groupe de personnalités réunies autour de Pierre Mendès France.
En 1948, la communauté des juifs d’Irak, forte de 150,000 personnes commençait à être l’objet de graves menaces et même de voies de fait, arrestations, tortures, pendaisons…

L’abbé Glasberg, après s’être assuré de tout un réseau de complicités, en Irak et en Iran, monte un véritable pont aérien entre Téhéran et Israël via la Turquie et la Méditérannée qui transportera 12,000 personnes ! Son action se prolonge et en l’espace de 18 mois, c’est environ 140,000 personnes qui rejoignirent Tel Aviv par cette voie.

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Témoignage d’Evelyne Haguenauer, adjointe au Maire de Lyon chargée de la mémoire

« Ma mère,Anne Laure Trautman, et son frère, Oscar, sont des enfants cachés. En 1940, âgés de 16 et de 13 ans, ils ont été internés avec mes grands parents au camp de Gurs dans les Pyrénées atlantiques, comme 6500 juifs allemands originaires de la région de Bade. Mes grands parents maternels ont été déportés de Gurs à Auschwitz, dans le convoi 24, en août 1942. Seul mon grand-père, Arthur Trautman, en est revenu en 1945. Il a écrit un document tout en allemand sur ce qu’il a vécu là-bas, que nous avons déposé il y a quelques années à Yad Vashem. Je n’ai pas encore eu le courage de le lire… Ma mère et mon oncle ont été tous les deux sauvés grâce au réseau de l’abbé Glasberg, qui leur a fourni de faux papiers (maman a pris le nom de Annette Tabard) et les a réfugiés au « château » du Brégué, à Cazaubon, dans le Gers, où ils ont séjourné plusieurs mois. Toute sa vie, maman a vécu dans le souvenir. Son combat pour la mémoire a été une thérapie. Pendant des années, elle n’a cessé de prendre des notes à propos de ce qu’elle avait vécu. Investie dans de nombreuses missions et très proche du centre Yad Vashem, elle a entretenu chez ses enfants le flambeau de la mémoire. En 1992, maman a fait remettre la médaille des Justes à la famille qui l’avait accueillie et cachée. Depuis qu’elle est tombée malade de la maladie d’Alzheimer, en 2002, je me suis attachée à reprendre ce flambeau. Etre présente à l’exposition qui a été consacrée à l’abbé Glasberg à Lyon était un moment très émouvant pour moi. J’y ai revu pour la première fois ma maîtresse d’école primaire, et de nombreux amis et proches de la famille. De plus, le merveilleux documentaire de Julie Bertucelli, projeté lors de l’exposition, diffuse des images de maman et de son frère au château du Brégué, en compagnie de Ady Steg. »

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Témoignage du Professeur Ady STEG

« Après avoir échappé à la rafle du Vel’ d’Hiv, le 16 juillet 1942 à Paris, nous avons pu ma soeur (15 ans) et moi (17 ans) nous procurer de faux papiers et grâce à un passeur, franchir la ligne de démarcation et gagner la zone non occupée. Le 13 août 1942, nous nous trouvions à Lyon (en route vers Grenoble où nous allions rejoindre notre frère aîné) et nous avons été arrêtés par la police française pour « usage de faux papiers ». Aussitôt nous fûmes conduits chez le juge d’instruction. Celui-ci, dans une diatribe violente, s’est déchaîné contre nous, nous traitant de métèques, d’anarchistes, de communistes… et nous a fait interner moi à la prison Saint-Paul, et ma soeur à la prison Saint-Joseph. Nous y sommes restés deux mois et demi. Le 27 octobre 1942, nous avons comparu devant les juges. Le tribunal, après une brève délibération, a prononcé un non-lieu et nous avons été libérés le jour même. Ainsi, à l’opposé du juge d’instruction, et dans la même juridiction, les juges du tribunal ont courageusement interprété les textes de l’époque de la législation sur les juifs non pas contre nous, comme l’a fait le juge d’instruction, mais en notre faveur ! Recueillis pendant quelques jours par des amis qui, eux aussi, se cachaient à Lyon, il nous a été conseillé « d’aller voir l’Abbé Glasberg ». Celui-ci animait les Amitiés chrétiennes auprès du Cardinal Gerlier. L’Abbé nous a accueillis avec chaleur et nous a immédiatement pris en charge. Au bout de quelques jours, il nous a munis de « vrais faux papiers » et il nous a fait partir, ma soeur dans un refuge, à Vic-sur-Cère (Cantal), et moi au « château » du Brégué, à Cazaubon, dans le Gers. Dans le train qui m’amenait à Toulouse, puis à Auch, j’ai aperçu les colonnes de soldats allemands se dirigeant vers le Sud. Ce jour-là, en effet, les Allemands envahissaient tout le territoire. C’en était fini de « la zone non occupée ». Le « château » du Bégué était une grande résidence mise à la disposition des Amitiés chrétiennes par le comte et la comtesse d’André. C’était un refuge où était regroupée une centaine de Juifs, en majorité évadés ou « exfiltrés » des camp de Gurs et de Rivesaltes. J’y fus accueilli par son directeur Victor Vermont. Je devais rapidement apprendre qu’en fait il s’agissait du frère de l’Abbé Glasberg ! Vermont étant la traduction en français du nom allemand Glasberg. Victor Vermont allait jusqu’à son dernier séjour veiller sur moi comme un grand frère. A Cazaubon, le lieutenant Vermont avait deux alliés précieux : M. Sentou, Maire de Barbotan-les-Thermes qui jouxte Cazaubon et Mme Ducassé, la secrétaire de la mairie. Grâce à eux, il a pu disposer pour tout le monde de « vrais faux papiers » : cartes d’identité, mais aussi cartes d’alimentation. L’Abbé Glasberg venait souvent de Lyon pour s’assurer que tout allait bien au Centre, tant sur le plan matériel que sur le plan de la sécurité, mais de surcroît il s’entretenait avec chacun d’entre nous. J’ai eu avec lui à plusieurs reprises de longues conversations avec lui. Un vendredi soir, à la fin du dîner, l’Abbé s’est assis à côté de moi – il savait que j’étais de famille orthodoxe – il m’a demandé : « chante moi des « zemirot », c’est-à-dire des chants traditionnels du repos de Chabbat. Ce que j’ai fait. Il est resté longtemps silencieux. Ce fut pour moi un moment de grande émotion et, je pense, pour lui également.

 

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Avec l’Abbé Glasberg j’ai connu un Tsaddik… un juste.


Je crois pouvoir, en sa mémoire, évoquer ces mots bouleversants dédiés, il y a longtemps, à la mémoire de Hannah Szenes, cette jeune combattante de la Hagannah qui, parachutée en Yougoslavie en 1944 parmi les partisans, pour aider au sauvetage des juifs, fut arrêtée torturée et fusillée : « Il est des étoiles dont la lumière n’atteint la terre qu’après qu’elles se soient désintégrées et ne sont plus. Il est des hommes dont la mémoire scintillante éclaire le monde après qu’ils aient disparu ».

Sandrine Ben David (Jerusalem Post, décembre 2008)

 

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02 janvier 2010

La forteresse rouge


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L'action se situe au Sud Liban, en l'an 2000. A proximité de la forteresse médiévale du Beaufort se trouvait une base militaire du même nom. Cet observatoire massivement protégé par Tsahal avait été édifié en 1982, pendant la guerre du Liban. Il était le symbole de la politique israélienne de l'époque qui promouvait le contrôle géographique du Sud Liban, et il a porté les marques du sacrifice de centaines de jeunes soldats qui y ont perdu leur vie.

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Le 24 mai 2000, les troupes militaires israéliennes se sont retirées du territoire libanais et la base du  Beaufort a été entièrement démolie, détruite par des milliers de mines. Le film relate ces événements à travers l'histoire de Liraz Liberti, dernier commandant du Beaufort, et de ses soldats pendant les dernières semaines qui ont précédé le retrait militaire, durant lesquelles Liraz, âgé alors de vingt-deux ans, préparait l'évacuation et l'anéantissement du site, détruisant ainsi tout ce que lui et ses camarades avaient sacrifié pour défendre.

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Pour le réalisateur Joseph Cedar, qui a passé la plus grande partie de son service militaire obligatoire à l'intérieur de la "zone de sécurité", occupé à éviter les tirs et les embuscades du Hezbollah, la réalisation de ce film a été une véritable catharsis. "Un nombre inimaginable de scènes ressemblent à mon expérience personnelle comme à l'expérience de tout homme qui a été un jour soldat? L'idée de leur simple passage à l'écran représente dès l'abord une forme de thérapie", explique le cinéaste. "Le site du tournage est une forteresse datant de l'époque des croisades que nous avons choisie pour sa ressemblance avec le Beaufort. Mais ce film est l'histoire de toutes les montagnes et de toutes les batailles, ici ou ailleurs. Des hommes meurent au combat pour les conquérir, meurent au combat pour ales protéger, et puis un jour, ils découvrent avec amertume que rien de tout cela n'avait de sens."

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Contre toute attente, la production de ce film au message plutôt dérangeant a été financée en partie par le gouvernement israélien et l'armée elle-même, qui a fourni à l'équipe du film son soutien logistique ainsi que tout le matériel d'artillerie lourde. "J'ai été surpris et touché de la manière dont les Officiels militaires qui ont travaillé avec nous ont compris l'importance de la réalisation de ce film, même si ce n'était pas une décision évidente pour eux que celle de nous apporter leur aide."

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"C'est la première fois que je vois un film israélien qui traite de l'armée et de la guerre et où les soldats, ne tirent presque pas avec leurs armes", a dit un journaliste syrien en sortant de la projection du film à Berlin. L'une des qualités premières de Beaufort est celle d'un nouveau regard porté sur la guerre : plus pudique, plus objectif et peut-être plus douloureux en cela que celui auquel les spectateurs israéliens sont habitués dans ce genre cinématographique.

Le suspense du film est entièrement construit sur la tension entre les attaques successives contre le fort et les périodes de calme à l'intérieur des murs, durant lesquelles les personnages tentent de se recomposer, dans un univers totalement claustrophobe, à l'humour macabre et aux rituels hallucinés.

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Le réalisateur a choisi de montrer avec beaucoup de retenue la douleur des jeunes hommes au moment de la mort brutale de leurs camarades. Il a respecté ainsi la complexité de l'homme, l'éventail des réactions humaines possibles face à la tragédie et les différentes interprétations individuelles de la situation, sans jamais prendre le parti de l'une ou de l'autre.

Malgré cette pudeur, qui s'exprime aussi par un très petit nombre de dialogues, le film n'échappe pas à certains clichés typiques du genre, comme celui, classique, où l'un des soldats fait découvrir au Public sa petite amie américaine et leurs projets de mariage, quelques secondes avant de se faire tuer par un obus.

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Contrastant avec l'univers étouffant et quasi carcéral du fort militaire et avec la musique de Ishaï Adar, minimaliste, climatique, qui pénètre presque insensiblement le film et le hante de son thème angoissant, les images panoramiques majestueuses du paysage montagnard autour du bunker et le "one-take" de la formidable déflagration qui détruit le site à la fin du film sont des expériences visuelles époustouflantes.

Beaufort présente, en outre, un casting de qualité qui inclut Itay Tiran, Oshri Cohen, Itay Torgeman et Alon Abutbul, avec de belles et sincères performances d'acteurs, contre l'avis de ceux qui avaient reproché à certains d'entre eux, au moment du tournage, de ne pas avoir fait leur service militaire.

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Beaufort est le troisième long métrage de Joseph Cedar. Son premier film, Hahesder (Le compromis), avel Aki Avni, Tinkerbelle, Idan Altermann et Assi Dayan dans les rôles principaux, a remporté l'Oscar 2000 de l'académie israélienne du cinéma. Son deuxième film, Medourat Ha Shevet (Feu de Camp), a obtenu la même récompense en 2004. Le tournage de Beaufort s'est achevé le 4 juin 2006, peu de temps avant le début de la deuxième guerre du Liban. Sans pouvoir prévoir le retour infernal de l'histoire sur ses pas, Joseph Cedar a tenté, à travers cette histoire, de comprendre et de faire comprendre au monde le visage absurde de la guerre, et de glorifier les mémoires de ceux qui sont peut-être morts pour rien.

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Beaufort de Joseph Cedar, distribué en Israël par le groupe Globus International, en salles depuis le 6 mars 2007. Site officiel du film : http://www.bufor.co.il/peut-être morts pour rien.


Sandrine Bendavid (Jerusalem Post Edition Française, avril 2007)

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Le Sacrifice d'Isaac

La cuvée 2006 du Festival international du film de Haïfa s'est achevée, samedi 14 octobre dernier, sur la double victoire d'un réalisateur israélien totalement inconnu jusqu'à cette date du public et des critiques, David Volach, dont la toute première réalisation intitulée Houfchat Kaïtz ("Vacances d'été") a remporté le prix "découverte Stella Artois" de la meilleure création originale israélienne, d'une valeur de trente mille shekels, ainsi que le prix Jack Naylor de la meilleure image, qui s'élève à 18 000 shekels, pour son caméraman Boaz Yaakov.

 

David Volach est un jeune homme d'origine juive orthodoxe qui a grandi à Jérusalem et reçu son éducation religieuse dans la célèbre Yechiva lituanienne de Punjab, à Bnei Brak. S'il n'est plus ultraorthodoxe aujourd'hui et vit et travaille au coeur de Tel-Aviv, son cameraman Boaz Yaakov est un homme très religieux et Volach a longuement insisté, lors de la remise de son prix, sur le caractère capital et exemplaire de leur travail en commun.

 

Houfchat Kaïtz est le titre tristement ironique d'une tragédie intime, métaphore moderne de l’épreuve du sacrifice d'Isaac par Abraham, dont le cheminement investit la souffrance du croyant, confronté à une cruelle fatalité et au silence irrévocable de son créateur.

 

L'histoire raconte les trois jours de préparation pour un voyage à la mer Morte (seconde ironie du filrn) d'une petite famille religieuse orthodoxe de Jérusalem : le père (Assi Dayan), enseignant dans l'une des Yechivot de Mea Shearim, la mère (Sharon Hacohen Bar), femme au foyer soumise et dévouée, et leur petit garçon Menahem (Ilan Grif) (encore un choix ironique, puisque "lenahem" veut dire en hébreu "consoler", en particulier dans le cas d'un deuil). Le seul événement dramatique de cette histoire est la noyade de Menahem dans la mer Morte où le trio familial était censé prendre ses premières vacances, et le film tout entier est dévoué à l'exposition du quotidien de cette famille ultrareligieuse, rythmé par les rituels journaliers de la vie juive.

 

Le cinéaste israélien tente ici de synthétiser sur sa pellicule la complexité et l'étrangeté, quasi archaïque dans notre société israélienne moderne, du judaïsme orthodoxe. David Volach le fait avec Une pudeur infiniment respectueuse de l'univers qui l'a vu naître et grandir. Il dépeint l'épreuve suprême du deuil d'un enfant mort injustement, épreuve commune à tant de familles israéliennes endeuillées par la guerre et le terrorisme, sans tomber dans le piège habituel de l'exagération mélodramatique, avec cette même pudeur (tsniout) qui est l'une des mesures (midot) primordiales de l'homme juif et qui caractérise tout le film.

 

La superbe caméra de Boaz Yaakov, la très belle musique originale d'Aharon Kuntzman et le langage infiniment poétique de David Volach font de 'Houfchat Kaïtz la meilleure réalisation présentée en compétition au dernier festival de Haïfa, supérieure de bien loin aux cinq autres films qui lui faisaient concurrence. Ce film aurait dû remporter le grand prix du festival.

 

Le président du jury israélien, Dany (Noccio) Verte, et ses membres ont dailleurs publiquement convenu de leur admiration unanime pour ce film et de leur dilemme, à l'occasion de la cérémonie de remise des prix du festival et en outre lors de leurs dernières interventions dans la presse israélienne. Noccio a récemment déclaré qu'il aurait personnellement préféré 'Houfchat Kaïtz aux autres et Serge Sobczynski, représentant du festival de Cannes en Israël et inclus au jury cette année, a confié au Jerusalem Post édition française que tous les membres avaient souhaité donner le premier prix ex-æquo à Houfchat Kaïtz et à Tnoua Megouna, mais que cela leur avait été refusé. "Le fi1m de David Volach étant un premier film", a-t-il expliqué, "c'est à lui que nous avons donné le prix de la, découverte et à l'autre film qu'est allé le grand prix".

 

Il est à regretter que la direction du festival n'ait pas su suivre l'exemple de Cannes qui a attribué cette année certains de ses prix à plusieurs artistes, décision tout à fait honorable lorsqu'elle est justifiée. Houfchat Kaitz devrait faire son apparition dans les salles israéliennes d'ici quelques mois. Ce film, qui va sans aucun doute enthousiasmer le public juif religieux comme l'avait fait le Oushpizin de Gidi Dar l'année dernière, séduira, néanmoins, tous les publics amoureux de pure beauté cinématographique, qu'ils soient pratiquants, ou pas.

 

Par Sandrine Ben David, 26 novembre 2006

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Du rire et du rêve pour tous les goûts

Le cinéma français continue de franchir les frontières de l'hexagone. Deux nouveaux films français tout à fait sympathiques, bien que de styles très différents, débarquent en Israël, avec les premières pluies de la saison qui ramènent traditionnellement le public, surpris par là fraicheur de l'automne, vers le confort et la chaleur des salles obscures. La Science des rêves, dernier opus de Michel Gondry (Eternal Sunshine of the Spotless Mind), avec Charlotte Gainsbourg, Alain Chabat et l'acteur argentin Gael Garcia Bernai dans les rôles principaux, est sur vos écrans depuis quelques jours déjà, dans les salles des cinémas Lev.

 

Quant au dernier long métrage de l'un des célèbres scénaristes réalisateurs de comédies "à la bonne franquette" en la personne de Francis Veber (Les Compères ; L'Emmerdeur ; La Chèvre ; Le Dîner de Cons), La Doublure, avec Daniel Auteuil, Kristin Scott Thomas, Virginie Ledoyen et Gad Elmaleh, sortira dans les salles Rav Hen le 9 novembre prochain. De quoi réchauffer agréablement vos soirées pluvieuses.

La Science des rêves est le premier film que Michel Gondry a intégralement écrit et réalisé. Il avait travaillé pour ses deux films précédents avec le scénariste Charlie Kaufman, avec qui il avait coécrit les scénarios de Human Nature et de l'inoubliable Eternal Sunshine of the Spotless Mind. Ces films avaient été tous les deux tournés aux Etats-Unis et c'est la première fois que Michel Gondry filme dans son pays natal, avec au casting une grande majorité d'acteurs français.


Ce changement s'exp ique par le fait que La Science des r
êves est une histoire autobiographique, censée faire Partager au public les lieux et les périodes qui ont marqué la jeunesse du réalisateur.

L'immeuble, par exemple, dans lequel habitent les deux héros du film (puisqu'il s'agit encore une fois d'une histoire d'amour), Stéphane (Gael Garcia Bernai) et Stéphanie (Charlotte Gainsbourg), est celui dans lequel vivait Michel Gondry en 1991 et dans lequel réside, jusqu'à ce jour, la mère de son fils.

L'histoire débute avec l'arrivée à Paris de Stéphane qui revient en France chez sa mère, alors qu'il vivait au Mexique, et qu'il vient de perdre son père. Celle-ci (Miou Miou) lui a trouvé un emploi dans une entreprise de calendriers promotionnels. Stéphane, l'imaginatif qui rêve de créativité, déchante vite lorsqu'il se rend compte que son travail de maquettiste s'applique à de vulgaires séries de Photographies érotiques. Les clients de son entreprise n'ont que faire d'un esprit créatif et ses collègues de travail sont des types franchouillards grossiers jusqu'à la caricature, avec qui le jeune homme, déjà pas très bien dans sa peau, a beaucoup de mal à communiquer, sans compter la barrière de la langue.

Stéphane souffre non seulement de cette nouvelle vie triste et monotone, mais il souffre aussi d'un, mystérieux syndrome qui le rend incapable de distinguer les états de veille et de sommeil et le fait vivre sa vie deux fois et dans deux mondes différents, l'un bien réel et l'autre totalement féerique. Le jour de l'emménagement de sa nouvelle voisine, la belle et timide Stéphanie, celle ci le prend pour le copain d'un copain venu l'aider, et le quiproquo engendre le début de l'idylle entre les deux jeunes gens à l'esprit fantasque, qui vont se découvrir une passion commune pour le bricolage de matériaux de récupération...

La caméra de La Science des rêves a été traitée pour lui donner l'aspect du Super 8, teinter ainsi l'histoire et les personnages des couleurs moroses de la réalité et donner au spectateur l'impression du documentariste intime et de la proximité. Le couple improbable Garcia Bernal-Gainsbourg est extrêmement maîtrisé par le réalisateur qui muselle les deux acteurs au profit de la petitesse de la condition humaine et de la grandeur de la beauté onirique.

Car l'acteur principal de ce film est bien le rêve tout comme la mémoire était celui de Eternal Sunshine of the Spotless Mind. Ce n'est pas très important de savoir si Stéphanie aime ou pas Stéphane, ni si l'histoire se tient.

Ce qui est important dans La Science des rêves, comme son nom l'indique, d'ailleurs, c'est la poésie et la nostalgie du monde de l'enfance que Michel Gondry refuse à l'évidence de quitter, et qu'il sait si bien nous faire aimer et parfois aussi, pour ceux nombreux d'entre nous qui ont grandi un peu trop vite, nous faire regretter. On sort de la salle avec un sourire au coin des lèvres, les yeux qui clignotent de beauté et d'extraordinaire et l'envie de feuilleter un vieil album photo pour rappeler à notre mémoire les mondes merveilleux de l'âge innocent. Pour tous ceux qui veulent apprendre ou réapprendre à rêver..

Nombreux sont ceux qui attendent avec impatience de découvrir le nouveau François Pignon, héros traditionnel des comédies populaires cultes de Francis Veber, interprété successivement par Jacques Brel, Pierre Richard, puis Jacques Villeret. Celui-ci n'est autre, en effet, que le "chouchou" des francophones israéliens, Gad Elmaleh qui prouvait aux yeux de tous, il y a quelques mois, sa place d'honneur dans notre coeur, en remplissant la salle de trois milles spectateurs du Binianei Haouma à Jérusalem, lors d'un spectacle dont on se souvient encore aujourd'hui. Et Gad Elmaleh n'est pas venu seul participer à cette superbe partie de rigolade qu'est La Doublure, puisque son compère comique Danny Boon  mais aussi les vedettes Daniel Auteuil et Richard Berry ont dit "oui" au réalisateur, prouvant ainsi une fidélité professionnelle de longue date.

Mais la particularité du dernier film de Veber est la place qu'il y fait pour la première fois aux femmes, avec les nouvelles venues Alice Taglioni, Virginie Ledoyen et Kristin Scott Thomas. Francis Veber, qui jusqu'alors écrivait exclusivement des histoires d'amitié entre hommes, invite cette fois-bi l'amour et les quiproquos et gags qui vont avec dans son univers cinématographique.

Pignon, personnage chaplinesque par excellence qui n'a naturellement rien demandé à personne mais à qui tout arrive, a maille à partir dans ce nouvel épisode avec le millionnaire Pierre Levasseur (Daniel Auteuil), patron d'une multinationale et marié avec la principale actionnaire, mais extrêmement épris d'Elenar (Alice Taglioni), un top model de rêve. Surpris avec sa jeune maîtresse par un paparazzi et terriblement effrayé à l'idée du désastre financier que représenterait un divorce, Levasseur, aidé de son avocat machiavélique (Richard Berry), profite de la présence fortuite de François Pignon sur la Photographie publiée dans la presse pour inventer un mensonge invraisemblable.

Contre promesse de mariage à sa belle, il persuade la sublime Elena d'aller vivre pendant quelques temps dans la chambre de bonne du jeune homme et de faire semblant qu'elle est sa compagne. Et Pignon, voiturier de son état, se retrouve non seulement au lit avec une déesse, mais aux prises avec la presse, les filatures et la jalousie titanesque de Levasseur, tout cela au risque de perdre la confiance de ses amis et l'amour de celle qu'il aime...

Francis Veber déteste l'ennui, aime le rythme, les parties de ping-pong verbales et les gags à tire-larigot. Il est sans conteste le roi du pur divertissement cinématographique en France et son dernier film e prouve à nouveau. Veber est aussi un formidable créateur de personnages, attachants par leurs faiblesses, drôlissimes lorsqu'ils sont excessifs, touchants aussi par leurs excentricités.

Pignon-Elmaleh est craquant au possible lorsqu'il ignore la bombe atomique assise en face de lui au restaurant et fait les yeux doux à celle qu'il rêve d'épouser depuis l'enfance (et quelle vengeance, pour toutes les filles aux mensurations standards de penser que Gad nous préfère à Claudia Sheaffer...).

Le père de celle-ci, médecin et hypocondriaque, est à la fois drôle et émouvant lorsqu'il s'évanouit sur l lit de son patient et demande à celui-ci de lui faire une piqûre. Levasseur est hilarant lorsque, poussé per une jalousie irrationnelle, il ne se retient plus de fulminer contre la mise en scène qu'il a lui-même commanditée. Ces personnages ne manqueront sans doute pas de vous rappeler les grandes comédies de Molière. Et Francis Veber, à l'instar du génial écrivain dramatique dont il sest inspiré, cache lui aussi sous la "doublure" de son histoire drôle, une critique véritable de la société moderne. Son film est au final une comédie sentimentale très sympathique et moins légère qu'elle n'en a l'air, pour tous ceux qui savent que rire et réfléchir ne sont pas forcément contradictoires.

La Science des rêves, de Michel Gondry, actuellement dans les cinémas Lev.

La Doublure, de Francis Veber, dans les salles Rav Hen, à partir du 9 novembre.

 

Par Sandrine Ben David, 7 novembre 2006

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Les jolies colonies de vacances... La nouvelle comédie familiale des deux réalisateurs français Eric Toledano et Olivier Nakache

C'est à l'occasion de l'édition 2005 du "Printemps du cinéma français" que les deux réalisateurs Eric Toledano et Olivier Nakache étaient venus présenter en Israël leur tout premier long métrage intitulé Je préfère qu'on reste amis... Ce film réunissait à l'écran Gérard Depardieu et Jean-Paul Rouve, dont la versatilité impressionnante n'a fait que se confirmer depuis. Le tandem Nakache-Toledano récidive avec une comédie inspirée d'un court métrage qu'ils avaient réalisé en commun en 2002 et intitulée Nos jours heureux, sur le thème des colonies de vacances. L'occasion pour les compères de revenir courtiser le public francophone israélien qui est déjà un "ami de la famille".

 

Le rendez-vous est fixé au 21 novembre prochain, dix jours avant la sortie officielle du film en salles. A vos agendas...

 

Plus encore que leur premier long métrage commun, Nos jours heureux signe la symbiose exceptionnelle qui caractérise le partenariat professionnel d'Olivier Nakache et Eric Toledano. Ces deux créateurs partagent non seulement une amitié de longue date et une histoire commune, mais ils possèdent aussi une vision artistique identique.

 

Ce film cristallise en premier lieu les points cardinaux de leur complicité. Eric et Olivier se sont connus à l'âge de vingt ans, dans une association qui s'occupait de faire partir des enfants en vacances et où ils étaient animateurs tous les deux. Mais c'est la cinéphilie qui les a rapprochés. Ils partageaient, en effet, bien avant de se connaître, la même passion quasi obsessive du septième art qui les poussait tous deux à enregistrer des films sur cassettes audio et à se les passer en boucle jusqu'à savoir leurs textes par coeur.

 

Dès qu'ils ont tenu leur première caméra, ils ont trouvé tout naturel de traiter de l'univers qui avait vu naître leur amitié. Le court métrage qu'ils ont alors réalisé s'appelait Ces jours heureux (2002). Il a inspiré Nos jours heureux.

 

A l'opposé de la démarche de l'écriture d'une fiction inventée de toutes pièces, c'est dans leurs souvenirs communs qu'ont puisé les coscénaristes pour restituer l'atmosphère et les émotions vécues durant les séjours qu'ils ont animés.

 

L'histoire du film est truffée d'anecdotes réelles vécus par les deux amis et beaucoup de leurs personnages, en particulier ceux des moniteurs, sont inspirés de camarades avec qui ils ont partagé l'expérience des colonies de vacances.

 

Le lieu même du tournage du film est un château ou ils étaient animateurs il y a dix ans. Chants autour du feu de camp, bagarres de cantines, premiers baisers, premières cigarettes, balades à vélos dans la campagne, visites de musées interminables, olympiades, nuits mouvementées à la belle étoile... Nos jours heureux est un joyeux patchwork de souvenirs où se retrouvent les deux artistes pour glorifier la naissance de leur grande amitié.

 

Le personnage central de l'histoire, Vincent Rousseau, interprété par l'acteur fétiche des cinéastes Jean-Paul Rouve, dirige sa première colonie dans les Charentes. Tout commence et se termine sur les quais d'une gare. Entre les scènes d'ouverture et de clôture du film, trois semaines d'un bel été où se tissent les bonheurs et les malheurs d'une troupe de jeunes adultes et d'enfants embarqués pour un séjour initiatique dont chacun ressortira transformé.


Les enfants, tout d'abord, qui vont goûter à l'émancipation et s'apprivoiser les uns les autres, du préadolescent dépressif à la jeune provocatrice, en passant par l'asocial et l'intello. Mais les adultes aussi, qui ne sont pas bien plus grands ni plus assurés que ceux qu'ils sont censés instruire : la mijaurée, le Don Juan, le trop copain, la trop belle...

 

Les tribulations de tout ce petit monde sont une suite énergique de situations incongrues, souvent comiques, émouvantes aussi parfois, qui ressemble plus à du vécu qu'à du cinéma (et pour cause !) et ou l, on ne s'ennuie jamais.

 

L'Hôtel de la plage, Les Quatre Cent Coups, A nous les petites Anglaises, La Meilleure Façon de marcher, La Boum, etc., le dernier film de Eric Toledano et Olivier Nakache vient modestement S'inscrire dans la lignée des études cinématographiques françaises de l'enfance et du rapport trans-générationnel, depuis celles du grand François Truffaut et jusqu'à celles de Claude Miller, en passant par les films de Michel Lang et de Claude Zidi.

 

Mais Nos jours heureux doit son énorme succès en France et à l'étranger (prix du jury jeunes au festival international du film de comédie de l'Alpe d'Huez 2006, prix du public au festival "City of Lights" de Los Angeles 2006) à la volonté d'être avant tout une comédie familiale populaire, sans autre prétention que celle d'être un bon divertissement pour tout public, ce que les deux réalisateurs ont réussi avec brio grâce à un casting impeccable et à une mise en scène volontairement rninimaliste, au bénéfice du réalisme documentaire, de la crédibilité des personnages et de la sincérité des émotions.

 

Si, sûr leur première réalisation commune, le défi avait été celui de tourner avec le géant du cinéma français qu'est Gérard Depardieu, le challenge, cette fois-ci, a été celui de travailler avec de nombreux acteurs, petits et grands, qui n'ont jamais étés vus au cinéma auparavant. Les enfants, qui ont moins en eux que les adultes cette conscience de jouer souvent nuisible au talent, apportent beaucoup de vérité et de fraîcheur à ce film.

 

Parmi les adultes, en dehors du magnifique caméléon Jean-Paul Rouve (Monsieur Batignolles, 2003, podium, 2004, Un long dimanche de fiançailles, 2005) et de ses célèbres acolytes Omar Sy (La Tour Montparnasse infernale, 2001, Astérix et Cléopâtre, 2002) et Jean Benguigui (Le Grand Pardon, 1983, Ripoux contre ripoux, 1989, Au bout du monde à gauche, 2004), la jeune Marilou Berry (Comme une image, 2004), mais aussi Julie Fournier, Lannick Gautry et Joséphine de Meaux (Prix de meilleure actrice pour ce film au festival international du film de comédie de l'Alpe d'Huez en 2006) sont autant de talents qui débutent, pour ainsi dire, avec ce film, leurs carrières cinématographiques.

 

L'alchimie de Nos jours heureux doit beaucoup à leur enthousiasme, à leur fraîcheur et à leur vitalité. Au-delà de cette distribution particulièrement efficace, les deux réalisateurs, désireux de retranscrire le caractère vivant et rythme d'une colonie de vacances tels qu'ils s'en souviennent et de donner aux Scènes un aspect "piquées au vif", ont totalement adapté leur manière de filmer au sujet. La caméra est fluide et mobile, le montage rapide, la mise en scène volontairement inexistante, comme dans un documentaire. Tous ces éléments se réunissent au profit du simple partage d'une expérience à la fois intime et universelle, d'une tranche de vie que bon nombre d'entre nous auront plaisir à se remémorer à travers celle projetée sur l'écran, quelle que soit leur expérience ou leur génération.

 

Nos Jours Heureux d'Eric Toledano et Olivier Nakache, 2006, français sous-titré en hébreu.

 

Deux avant-premières en présence des réalisateurs, le 21 novembre, à la cinémathèque de Jérusalem, à 21 heures et le 22 novembre, à la cinémathèque de Tel-Aviv, à 21 heures.

 

Le film sera distribué à partir du 30 novembre par Eden Cinéma dans les cinémas du groupe "Globus" à JéruSalem, "Kanion Malha", Tel-Aviv, "Peer" et "Kanion Azrieli", Haïfa, "Hakanion Hagadol". Ramat Gan, "Cinema City". Renseignements et réservations aux numéros gratuits 1 700 50 88 99 et 1 700 70 22 55, ou sur le site http://www.edencinema.com.

 

Dès la semaine prochaine, le Jerusalem Post édition française, en collaboration avec Eden cinéma, organise un jeu concours avec 400 places de cinéma pour voir Nos jours heureux à travers le pays. Les Modalités du jeu seront précisées ultérieurement.

 

Par Sandrine Ben David, 21 novembre 2006

17 décembre 2009

Offenbach sur la colline du printemps

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Les Contes d'Hoffmann est l'un des rares opéras de Jacques Offenbach, plutôt connu et reconnu pour ses opérettes et opéras bouffes. Sa première a eu lieu à l'Opéra-comique de Paris, le 10 février 1881. Le libretto est de Jules Barbier, d'après la pièce écrite en 1851 avec Michel Carré. Il est inspiré de trois histoires d'Ernst Theodor Amadeus Hoffmann : Der Sandmann, Rat Krespel et Das Verlorene Spiegelbild.

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Hoffmann était un auteur et compositeur romantique aile and prolifique. Comme c'est souvent le cas dans ses histoires, il est lui-même son propre personnage dans cet opéra. L'univers des contes est délibérément fantastique et certains ont servi de base à Sigmund Freud pour ses théories sur "l'inquiétante étrangeté". Offenbach a dû voir la pièce de Barbier et Carré lors de sa création à l'Odéon en 1851. Ce n'est qu'en 1876, au retour de sa tournée américaine, qu'il cherche à en faire un opéra. Il modifie sensiblement la structure originale de l’oeuvre. A sa mort, la partition est encore inachevée et il faut la compléter pour pouvoir la représenter.

Cet état d'inachèvement est d'autant plus regrettable qu'on perçoit, dans Les Contes d'Hoffmann, un renouveau et un aboutissement de l'écriture d'Offenbach. Cet opéra a été maintes fois mis en scène et enregistré dans l'histoire et une adaptation cinématographique britannique en a été faite en 1951.

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Il s'agit de trois histoires de femmes et d'une quatrième qui les encadre, dont Hoffmann est à la fois le narrateur et le héros malheureux. Tout commence dans une taverne de Nuremberg. La muse du poète apparaît. Elle révèle son intention d'attirer l'attention d'Hoffmann sur elle seule et de lui faire renier toutes ses autres amours afin qu'il soit complètement dévoué à elle : la poésie. Unissant l'esprit du grand opéra à sa veine bouffonne habituelle pour exploiter les thèmes du double, du surnaturel et du manichéisme, Offenbach s'inscrit avec force dans le romantisme musical français.

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Le spectacle présenté à Tel-Aviv est coproduit par El Teatro Real de Madrid, l'opéra israélien, le théâtre du Capitole de Toulouse et le Teatro Regio de Turin, et soutenu par le réseau culturel français en Israël.

Le metteur en scène Nicolas Joël est né à Paris, où il a effectué ses études. En 1973, il a été engagé à l'opéra du Rhin comme assistant metteur en scène, fonction qu'il a exercée jusqu'en 1978 à Strasbourg, aux festivals de Bayreuth et de Salzbourg, et à l'opéra de San Francisco.

En 1979, il débute sa carrière de metteur en scène avec une production du Ring pour les opéras du Rhin et de Lyon. En 1981, il met en scène Samson et Dalila avec Shirley Verrett et Placido Domingo à San Francisco, puis Aida avec Luciano Pavarotti à San Francisco, Chicago et Toronto.

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En 1995, il monte Faust à San Francisco, puis fait ses débuts au Metropolitan Opera de New York en 1996, avec une nouvelle production d'Andrea Chénier, avec Luciano Pavarotti dans le rôle titre.

En 1999, il dirige une nouvelle production de Manon à la Scala de Milan. En 2002, il présente la nouvelle production de La Rondine au Covent Garden. Depuis 1990, Nicolas dirige le Capitole de Toulouse.

Il a reçu à deux reprises le prix de la critique dramatique et musicale pour ses productions lyriques, ainsi qu'une Victoire de la musique en 1996, dans la catégorie "meilleure production lyrique" pour le Dialogue des Carmélites. Il est chevalier de la Légion d'honneur, et vient d'être nommé nouveau directeur de l'opéra de Paris.

Le maestro Fréderic Chaslin a fait des études de piano, d'écriture et d'accompagnement après lesquelles il a été lauréat du premier concours international de piano Miloz Magin à Paris, puis est devenu successivement assistant de Daniel Barenboïm, avec l'Orchestre de Paris et au festival de Bayreuth, puis assistant de Pierre Boulez à l'Ensemble intercontemporain. Il a été directeur musical de l'opéra de Normandie de 1991 à 1993.

Depuis 1998, Frédéric Chaslin est directeur musical du Jerusalem Symphony Orchestra et chef en résidence à l'opéra de Vienne.

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Les interprètes principaux de la production des Contes d'Hoffmann à Tel-Aviv sont des chanteurs étrangers de renommées internationales aux côtés de chanteurs israéliens : les ténors américains Antonio Negora et Carlo Scibelli, les mezzo-sopranos Elena Balfiore et Ayleen Ates, et les chanteurs israéliens Vladimir Braun, Hila Baggio, Ira Bertman, Larissa Tetuev, Guy Mannheim, Alexei Kanunikov, Yosef Aridan, Sami Bechar, Noah Briger et Svetlana Sandler.

Les Contes d'Hoffmann de Jacques Offenbach, opéra national, "Hamishkan Le Omanouyiot Habama". Tel-Aviv Performing Art Center, 19, rue Shaoul Hamelekh, Tel-Aviv. Renseignements. et réservations. : 03-692 77 77 ou sur le site www.israel-opera.co.il


Sandrine Bendavid (Jerusalem Post Edition Française, février 2007)

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06 décembre 2009

Par effraction

Par effraction, le dernier film d'Anthony Minghella, avec Juliette Binoche et Jude Law dans les rôles principaux, signe le retour du cinéaste maintes fois primé vers une intimité plutôt blessée.

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En Voyant le titre du film sur l'affiche, on pourrait s'imaginer qu'il s'agit d'une histoire de voyous et de hold-up. En fait, si Anthony Minghella s'attaque effectivement au thème de l'effraction dans Par effraction (Breaking and Entering), c'est pour mieux prouver que le criminel se cache bien à l'intérieur de chacun d'entre nous et que l'appartenance, des choses aux individus et des êtres à leur environnement, est une idée indéfiniment discutable.

Voler le coeur d'une femme est-il une action moins coupable que celle de cambrioler des bureaux d'architecture? Mentir pour sauver un enfant de la prison rend-il le mensonge moins malhonnête ?

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Le dernier film de Minghella pose ces questions parmi beaucoup d'autres et tente d'y répondre, à travers les histoires de deux couples mères enfants, que tout, a priori, sépare et qui pourtant sont étrangement parallèles, et celle d'un homme entre ces deux histoires, qui va devoir se déshabiller de .(:)n intégrité et se racheter en la fracturant.

Will Francis (Jude Law) est architecte. Il vit dans une belle maison d'un quartier chic de Londres avec sa concubine Liv (Robin Wright Penn) dont il partage l'existence depuis dix ans. Liv est la mère d'une fille de treize ans, Béa (Poppy Rogers), dont elle a quitté le père il y a longtemps, en même temps que la Suède dont elle est originaire.

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Béa est une enfant mentalement perturbée, présentant les symptômes hyperactifs, obsessionnels et angoissés des maladies psychologiques de l'enfance bourgeoise moderne. Après avoir consulté de nombreux spécialistes et en désespoir de cause, Liv a abandonné une carrière de cinéaste documentariste pour s'occuper de sa fille. Elle s'épuise progressivement et s'isole de tous en dévouant son existence à cette tâche.

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Will, qui voudrait l'aider et qui a surtout peur de la perdre, essaie vainement d'être le père et l'époux qu'il n'a jamais été. En désespoir de cause lui aussi de sauver son couple, il se détourne à son tour peu à peu de l'essentiel pour se jeter à corps perdu dans le projet de la reconstruction urbaine du quartier populaire de King's Cross et va même jusqu'à réinstaller, avec son associé Sandy Hoffman (Martin Freeman), les bureaux de leur compagnie Green Effect dans une ancienne fonderie, au coeur même de ce quartier mal famé.

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C'est là que vit, dans un logement social, Amira Simiesz (Juliette Binoche), une réfugiée bosniaque musulmane qui a fui, avec son fils Mirsad (Rafi Gavron) âgé de quinze ans, la guerre des Balkans, peu après la mort au combat de son époux serbe. Elle est serveuse dans un bar à loterie, la nuit, et reprise les vêtements des autres, le jour, pour subsister, en même temps qu'elle essaie d'élever convenablement un garçon sans père qui, lui, présente tout les signes extérieurs de la grande délinquance juvénile, l'autre maladie de la jeunesse urbaine moderne.

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Pour l'anecdote, les studios d'Anthony Minghella à Londres ont étés cambriolés treize fois en huit semaines, peu avant la conception de Par effraction. Il n'avait pas écrit de scénario pour lui-même ni réalisé aucun film non-historique depuis 1991, date de ses débuts cinématographiques avec Truly, Madly, Deeply.

Ce retour vers l'intimité et le contemporain semble être l'expression d'une confrontation personnelle avec l'autre et avec soi-même, dans toute l'ampleur de leur abominable proximité. Liv la riche dépressive et Amira la pauvre combative sont toutes les deux des mères dévouées, au-delà de toute chose, à leur progéniture.

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C'est un bel hommage que Minghella rend ici, à travers deux actrices exceptionnelles, à la femme et de la dévotion maternelle. La petite Béa, insomniaque et obsédée par ses toques, et le jeune Miro, agoraphobe et paranoïaque, sont tous les deux des gymnastes en herbe de grand talent, mais incurablement handicapés par la fracture familiale dont ils ont étés les principales victimes.

Certains critiques ont cru voir dans le parallélisme entre le couple Liv-Béa et celui de Amira-Mirsad un artifice improbable et dont le seul propos aurait été celui de permettre la confusion affective du personnage de Will. Très loin du risque de l'invraisemblance, ce rapprochement est l'expression d'une franche analyse de la monoparentalité, qui n'épargne hélas aujourd'hui aucune classe ni aucun milieu social, racial ou intellectuel de la société urbaine occidentale.

L'homme, face à la fusion inviolable de la mère et de l'enfant, s'il n'est pas mort ou absent, et surtout lorsqu’il n'est ni le mari ni le père, comme dans un nombre grandissant de couples modernes, est en situation d’échec élémentaire. Son assistance sera vécue comme une intrusion, sa non-intervention comme un crime.

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Au-délà d'une radiographie consciencieuse de la cité contemporaine occidentale et de son mal-être, Par effraction est un plaidoyer de l'homme moderne, d'une rare justesse, bouleversant et qui force une fois encore l'admiration pour l'un des grands cinéastes de notre temps.


Sandrine Bendavid (Jerusalem Post Edition Française, janvier 2007)

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Fred joue pour tout le monde

Au début, Fred jouait de la guitare et imitait Neil Young et Murray Head, dans la banlieue de Maurepas, à l'ouest de Paris. Ses toutes premières influences musicales sont celles de ses copains, amateurs de sound system, de rap et de reggae. Apres ses études, il est monteur de décors de théâtre, vendeur de canapés, ouvrier forestier et éducateur sportif. Puis, un beau matin, il part en voyage : l'Argentine, la Bolivie, le Chili, le Brésil, la Patagonie, l'Ethiopie...Toutes les musiques rencontrées dans son périple sont présentes dans ses chansons qu'il interprète solo, accompagné d'une guitare acoustique.

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Remarqué pour la première fois par Valérie Michelin (St-Georges Sony Music) en 2002, Fred signe pour quatre albums avec le label en février. Un premier six titres enregistré dans la banlieue orléanaise et autoproduit, vendu à deux mille cinq cent exemplaires à la Fnac et lors de ses concerts, lui ouvre les ondes de France Inter et lui permet de voir son titre phare, Imbécile heureux, intégrer le sampler du numéro de décembre 2002 du magazine Rolling Stone et la compilation Indétendances de la Fnac en février 2003.

Fred commence à se faire un prénom après cette signature et avec ce premier sampler, et son planning de concerts géré par Furax se renforce de quelques belles prestations. De la scène du Zig aux premières parties enflammées de M, de Kent ou de Tété, en passant par celles de Gérald De Palmas, il impose doucement au public un style qui lui est propre.

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Pour donner vie à son premier album, Sauter du Nid, enregistré en trois semaines, lui aussi dans un gîte du coté d'Orléans et sorti en 2003, Fred a collaboré, entre autres, avec Camille Baz Baz et Denis Benarosh, musiciens de Renaud et de Laurent Voulzy, mais aussi avec des potes rappeurs comme Bila Salu.

Une ambiance à la fois bossa, pop, ballade, reggae, rap, un phrasé assez particulier, mi-chanté, mi- parlé et des orchestrations riches en Rhodes, percussions et guitare acoustique, la musique de Fred revendique son éclectisme et se veut allergique aux classifications.

S'il chante en français, Fred se reconnaît assez peu clans la catégorie "chanson française". Ses influences entre reggae et musique afro-américaine l'entraînent plus facilement du côté de la soul lascive. Amateur de concerts à la bonne franquette, il alterne chansons fortes et moments plus légers.

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Sur un blues, il entonne Hameçon, titre inspiré des victimes du tsunami, puis, quand l'ambiance se plombe un peu trop, il relance d'un caustique Le Grand Méchant Bush, coécrit avec le chanteur Chet. Ces titres sont accompagnés au piano, mouillés de beats électro et de kora malienne. A la fois métisseur et minimaliste, Fred est le représentant d'un nouveau type de francophonie, humaniste, cosmopolite, ouverte au monde et à la différence.

Trente ans et des poussières, le physique d'un rugbyman, des yeux délavés et une belle gueule cinématographique, Fred dit que la musique est sa thérapie, "l'une des branches de son étoile".

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Ses textes sont introspectifs, simples et véritables. Ils racontent un univers parfois sombre, difficile et désabusé. Etre triste dans ses chansons lui permet d'être gai dans sa vie.

Seul avec sa guitare, Fred joue comme tout un orchestre. S'inspirant du Slap des bassistes funk, il marque les temps forts d'un coup du pouce, ses autres doigts pinçant les cordes.

Lors du prochain concert au Laboratoire de Jérusalem, invité par le centre culturel Romain Gary, il sera rejoint par deux musiciens israéliens, pour un accompagnement à la basse et a la batterie. Un jeu captivant, à la fois rythmique et mélodique qui habille à merveille Mon pays, l'un des nouveaux morceaux qui seront présentés au public israélien, une lente complainte sur cet Occident qui manque d'excitant. Sans jouer au chanteur engagé, Fred donne son avis sur la vie mais avec beaucoup de recul, presque en terme de spectateur.

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Mercredi 7 février : The Lab, 28 Bd Hevron, Jérusalem, à partir de 21 h.
Réservations : 02 629 2000 ou 02-629 20 01. Site Internet : www.maabada.org.il
Se présenter à l'accueil du centre Romain Gary pour bénéficier du tarif réduit.
Lundi 12 février : Centre Monart, 16 rue Ha'gdud Ha'hivri, Ashdod, à 20h. Réservations: 08-854 51 70.

Mardi 13 février : Kamelot, 85 rue Medinat Hayehudim, Herzliya à partir de 20h30. Réservations : 09 958 89 93.

Mercredi 14 février : Levontin 7, Tel-Aviv à partir de 20 h, Réservations 03 560 50 84.
Des deux côtés

Dans la perspective de se faire sa propre opinion, Fred a décidé, outres les grandes villes d'Israël, de jouer à Ramallah.

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Propos recueillis par Maurice Ifergan (Kol Hashalom) :

Est-ce que cela vous fait tout drôle d'avoir votre tête sur ne affiche écrite en hébreu ?

Oui, parce que je trouve que l'écriture hébraïque est très belle I L'effet calligraphique est d'un très bel effet sur les affiches. En plus, je ne pensais pas venir un jour venir du côté de Jérusalem, vu la façon dont on la voit par l'?il des médias en France. Je ne pensais pas avoir la chance de venir à Jérusalem.

Qu'est-ce qui vous a amené ici ?


La disponibilité que j'avais après l'enregistrement de mon dernier album. Je devais déjà venir, mais avec les événements au Liban, on a reporté les concerts. Ma disponibilité donc, et "l'accalmie" dans la météo d'Israël.

Vous passez aussi par les Territoires à Ramallah.

En effet. C'est important pour moi de voir les deux versants de ce n?ud complexe que l'on regarde par le prisme des médias en France. Au bout d'un moment, de France, on ne comprend plus rien du tout, sur les cessez-le-feu, la reprise? C'est important pour moi d'être sur les deux côtés pour pouvoir voir ce qui s'y passe.

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Dans quel état d'esprit abordez-vous cette tournée proche-orientale, si l'on peut dire ?

Justement, je veux jouer pour tout le monde. Je ne peux pas être impliqué dans la vie qui se passe ici si je choisis avant de venir une origine ou un camp. Mon travail en France et sur la scène quand je tourne dans d'autres pays, c'est de faire de la musique pour tout le monde.

Sandrine Bendavid (Jerusalem Post Edition Française, février 2007)

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Boire pour l'Angleterre à la cinémathèque

Le réalisateur documentaire britannique Brian Hill est originaire de Rochdale, une petite ville industrielle du nord de l'Angleterre. Il a fait des études de sociologie à l'université de Leicester et a travaillé plusieurs années comme journaliste et comme assistant social, avant d'obtenir un premier contrat avec la BBC, à l'âge de 31 ans. Il fonde sa propre compagnie de production en 1997, est lauréat de six nominations au BAFTA et produit et réalise plus de cinquante documentaires. Hill est aujourd'hui directeur administratif de Century Films.

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Drinking for England ("Boire pour l'Angleterre"), le film prochainement proposé au public par le Forurn israélien des réalisateurs documentaires, a été réalisé en 1998 et a reçu les premiers prix de le Royal Television Society et de la MIND National Media Awards.

La consommation abusive de l'alcool est à la tête des grands problèmes sociaux de la Grande- Bretagne. Cette drogue légale, pratiquée par toutes les classes et par toutes les générations, ne connaît aucune barrière, ni sociale ni économique.
Là où la plupart des documentaristes traitant de ce sujet en Angleterre adoptent un ton moralisateur, le réalisateur Brian Hill, refusant le carcan des conventions et outrepassant les limites connues de la narration documentaire, opte pour le mode lyrique.

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L'idée originale et novatrice du film est d'interviewer les personnes et de réécrire leurs réponses en vers, puis de les leur faire lire devant la caméra, de manière à ce qu'ils racontent leurs histoires en langage poétique.

Le célèbre poète anglais Simon Armitage s'est associé à Brian Hill pour la versification des textes. Il a travaillé sur la base d'enregistrements audio et de documents écrits et visuels, au préalable du tournage, pour créer les poèmes récités par les personnes interviewées.

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pendant le processus de la réalisation, Brian Hill s'est rendu compte que deux de ses sujets savaient chanter et a décidé de mettre leurs monologues en musique. Le réalisateur est devenu ainsi le pionnier du documentaire musical, genre qu'il a réutilisé et enrichi par la suite dans plusieurs autres de ses productions.

Le propos de ce choix narratif se situe au-delà de l'originalité de style. Si Brian Hill a demandé à ses sujets alcooliques de chanter leurs histoires, c'est pour abattre les a priori du spectateur et lui montrer que chaque individu, quel qu'il soit, peut être possesseur et acteur d'un talent qui dépasse sa propre situation dramatique.

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En les exposant ainsi, le réalisateur touche à la vulnérabilité de ses personnages, réclamant leur courage et abandonnant ainsi l'optique statistique et strictement observatrice pour atteindre l'intimité profonde de chacun d'entre eux.

Denis, un retraité de Norfolk qui pratique la routine journalière du Gin Tonic, accuse, dans le film, le mauvais vin de table d'être la source principale des problèmes d'alcoolisme en Angleterre et réclame la révision des lois concernant la conduite en état d'ivresse, pour les consommateurs d'alcool expérimentés dont il fait partie.

Jane, une mère célibataire quotidiennement dépendante du sherry, déplore son alcoolisme qui entrave sa relation de mère avec son petit garçon.

Ces personnages deviennent, par le truchement de la métamorphose artistique que leur a imposée le réalisateur, des chanteurs, des acteurs, des orateurs.

Le film de Brian Hill, parce qu'il est chanté plutôt que raconté, force l'écoute et l'attention de manière quai dérangeante, pour le spectateur, sur les individus plutôt que sur le groupe social qu'il représente, classé et étiqueté par avance dans les esprits. Lors de sa toute première diffusion sur la e aine BBC en 1998, il a défrayé la chronique nationale et remporté la faveur enthousiaste et partagée du public et de la critique.

Drinking for England est le deuxième documentaire de la série des "perles rares" du club culturel du forum, qui fête son septième anniversaire cette année.

Le club culturel, parrainé par la fondation Rabinovitch, est l'un des projets phares du forum israélien des réalisateurs documentaires.

Drinking for England, un documentaire de Brian Hill, réalisé en 1998. Vendredi 16 février 2007, à 14 _ h à la cinémathèque de Tel-Aviv. Mardi 20 février 2007, à 20 h, à la cinémathèque de Jérusalem.

Sandrine Bendavid (Jerusalem Post Edition Française, février 2007)

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L'art naïf francophone à Tel-Aviv

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Le terme "naïf" a été employé pour la première fois a la fin du XIXe siècle, pour qualifier les jungles exotiques aux luxuriantes végétations du Douanier Rousseau et, par la suite, pour décrire les plages, les palmiers et les Tahitiennes de Paul Gauguin. La première exposition d'art naïf a été organisée à Paris en 1928 par Wilhelm Uhde. Elle réunit les oeuvres de cinq peintres dits "du Coeur Sacré" : Le Douanier Rousseau, Louis Vivin, Séraphine de Senlis, André Bauchant et Camille Bombais. A la même époque, le mouvement naïf a commencé de se développer aux Etats-Unis, en ex- Yougoslavie et à Haïti. Depuis, cet art ne cesse de s'étendre à travers le monde. il n'est aujourd'hui plus considéré comme un genre mineur mais comme un art authentique.

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Les artistes dits naïfs sont pour la plupart autodidactes, et issus de milieux modestes. Ils choisissent souvent de rester dans l'anonymat, bien que quelques-uns aient connu la notoriété. Leurs tableaux sont des produits de l'instinctif, de l'empirique et du spontané, reflétant leur sensibilité propre. Ils refusent de se conformer à une théorie artistique, et ne se réclament d'aucune influence. Les oeuvres naïves sont marquées par une innocence et une sincérité du regard. Les couleurs éclatantes, l'aplatissement de la perspective et souvent une "maladresse" du trait évoquent, pour certains, le dessin enfantin. Mais l'art naïf, sous sa désinvolture, cache des conventions techniques et optiques très élaborées, une stylisation et une volonté de structuration et d'harmonie visuelle dont l'enfant ne s'embarrasse guère. Certains préjugés ont assimilé longtemps cette école à l'insuffisance technique, créant l'idée que la maladresse est à l'origine du genre.

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En réalité, le genre s'accommodant de la maladresse et la simplification est aussi un moyen de dépassement pour les artistes qui s'en servent pour imprégner leurs créations d'un pouvoir signifiant.

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La galerie d'art naïf de Tel-Aviv, GINA (Gallery of International Naïve Art) a été fondée début 2003 par le collectionneur israélien Dan Chili. Son propos est l'acquisition et le négoce de tableaux naïfs originaires du monde entier.
Elle entretient pour ce faire des relations continues avec de nombreux artistes et leurs galeries représentantes en Afrique, Argentine, Australie, Belgique, Bolivie, Croatie, Espagne, France, Grèce et au Brésil, Canada, Chili, Costa Rica, Guatemala, Honduras, Nicaragua, Portugal...

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La galerie Gina soutient la quête des artistes naïfs vers le "paradis perdu", les encourage à communiquer leurs visions intemporelles de la réalité et concrétise le forum ou leurs talents peuvent se rencontrer et être exposés.

Sa motivation est aussi de nourrir la curiosité et l'appréciation des amateurs d'art pour ce genre aux multiples visages et d'introduire sa beauté particulière au public encore innocent de son existence et de son importance parmi les différentes écoles artistiques.

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Pour la première fois en Israël, la galerie Gina va bientôt accueillir quelque cent oeuvres naïves originaires de France, de Belgique et du Canada. L'exposition "Naïve joie de vivre", qui s'y déroulera du 22 février au 13 avril 2007 prochains, réunira les travaux de nombreux artistes de grand talent.

Parmi les peintres français, seront présents Lucien Vieillard, Geneviève Peyrade, Roger Boissier, Luc Fourmaux, Henri Bruel, Thérèse Pouget, Geneviève Terver-Noël, Charlotte Lachapelle, Danielle Bonniol-Ferrus, Arme Strasberg, Chantal Sellan, Martine Guin-Guand, Martine Clouet, Elizabeth Davy¬Bouttier, Yolande Salmon-Duval et Judith Langellier.

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La grande richesse historique et la longue tradition culturelle de la Belgique, alliées aux paysages pastoraux et l'architecture particulière de ce pays, fondent les bases de la fraîcheur et de l'intelligence de ses peintres naïfs.
Il semble exister un lien direct entre le réalisme moyenâgeux de Peter Bruegel et l'exactitude technique et la vision poétique des grands peintres naïfs belges d'aujourd'hui.

Parmi les artistes belges participants à l'exposition on trouvera Francine Cuylits, Jean-Pierre Lorand, Christine Servais, Monique Shaar, Nadia Becker, Agnès Bogaert et Marie-Louise Batardy.

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A l'opposé de l'amalgame culturel qui s'est développé parmi les populations immigrantes aux Etats- Unis, les artistes canadiens persistent dans la défense et l'expression de leurs identités ethniques originelles, tout en représentant, avec originalité et candeur, leur nouvel environnement.

La plupart des peintres naïfs du Canada vivent et travaillent loin des métropoles. Leurs oeuvres traitent ainsi naturellement de nature et de solitude, de feux de cheminées familiaux et de la vie campagnarde.

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Parmi les oeuvres canadiennes exposées seront celles de Barbara Sala, Cécile Emond, Marcel Pdrgis, Lisette Breton-Forbes, Claudine Pieters, Jacqueline Rivard, Louise St.-germain et Marthe Comtois.

Galerie GINA : 255, rue Dizenghoff, Tel-Aviv. Renseignements. 03-544 41 50/60.

Sandrine Bendavid (Jerusalem Post Edition Française, février 2007)

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Semaine de la francophonie 2007

Le 20 mars de chaque année, des francophones de tous les continents célèbrent la Journée internationale de la Francophonie. Une journée dédiée à la langue française qui unit 200 millions de locuteurs recensés dans le monde et rassemble les 800 millions de personnes vivant dans les 68 Etats et gouvernements de l'Organisation internationale de la Francophonie. Une occasion pour les francophones du monde entier d'affirmer leur solidarité et leur désir de vivre ensemble, dans leurs différences et leur diversité. Alex Cormanski, responsable des différents événements qui auront lieu en Israël autour de la Journée de la francophonie, présente un riche programme d'activités aux lecteurs du Jérusalem Post édition française.

Depuis combien de temps êtes-vous en poste en Israël, quelles sont vos différentes missions et quels sont les projets que vous préconisez ?

J'occupe, depuis bientôt deux ans à l'ambassade de France, les fonctions d'attaché de coopération pour le français, et d'attaché de coopération universitaire. Je m'occupe d'éducation en Israël du niveau secondaire jusqu'aux études supérieures.

Je suis également responsable du domaine de la jeunesse et des sports, ainsi que de la coopération administrative, c'est-à-dire de l'échange et de la formation de hauts fonctionnaires israéliens en France.

En ce qui concerne l'enseignement de la langue française, je suis en train de créer des groupes de théâtre pour étudiants partiellement francophones pour les familiariser avec ta langue ou parfaire leurs connaissances par l'intermédiaire du jeu. Je souhaite, dans cette même optique, créer en outre un grand concours de la chanson francophone.

Dans ma réflexion sur les domaines d'attractivité du français, je privilégie la transmission du savoir- faire, en particulier dans le domaine des métiers de bouche et de la mode. J'ai donc décidé d'initier un programme de cours de français de base pour jeunes étudiants israéliens qui désirent partir apprendre un métier en France.

Nous développons, dans ces domaines, des programmes de coopération interuniversitaires et les jeunes Israéliens peuvent bénéficier de bourses pour leurs études en France.

En jeunesse et sport, j'essaie de promouvoir le rugby, qui est un sport d'équipe aux valeurs éducatives très fortes dans lesquelles les Israéliens peuvent facilement se reconnaître. Nous organisons de grandes manifestations aussi dans le domaine du surf et même de la pétanque !

Pourriez-vous nous parler de la francophonie en Israël ?

Elle est très active et je la divise en trois catégories : Celle des non-francophones, celle des partiellement francophones et celle des francophones. Les non-francophones sont tous ceux qui apprennent le français comme une langue étrangère.
Il est intéressant par exemple de noter que 40 % des étudiants du département français de l'université de Tel-Aviv sont d'origine russe. 5% de la population israélienne est francophone, ce qui équivaut à 350 000 personnes, qui exercent une francophonie active et maîtrisée.

En dehors de cette population, il existe une francophonie de niveau plus ou moins élevé, mais avec un désir de France très fort, et c'est ce public-là que nous essayons de cibler.

La semaine de la francophonie est bien évidemment un événement mondial. Chaque année, la délégation générale à la langue française choisit une dizaine de mots, prétextes à diverses manifestations autour de la langue française qui se déroulent généralement pendant la dernière semaine du mois de mars.

Pour 2007, ce sont les mots "migrateurs" qui ont été sélectionnés, ces mots étrangers qui ont fécondé et nourri la langue française "amour, bijou, bizarre, chic, clown, valser, bachi-bouzouk, mètre et abricot".

Nous organisons tous les ans un concours de nouvelles à partir de ces dix mots, ouvert aux francophones et aux non-francophones, dont l'exigence est l'utilisation des mots dans le texte tout en respectant le principe de cohérence. La semaine de la francophonie en Israël sera une semaine un peu large, puisqu'elle se déroulera dans tous le pays du 10 au 20 mars.

Quelles sont les grands événements au programme ?

Du 10 au 14 mars, Marie Treps, linguiste, chercheur au CNRS, animatrice à France Inter, auteur du livre à succès Les mots voyageurs, de Calembourdes, et du Dico des mots caresses, donnera plusieurs conférences au CCF Romain Gary de Jérusalem, au CCF Gaston Deferre de Haïfa, puis à l'IFTA sur le thème des mots migrateurs, officiellement choisi par la délégation générale à la langue française pour marquer le lien entre diversité linguistique et diversité culturelle.

Marie Treps interviendra également à l'université hébraïque de Jérusalem auprès d'un public étudiant, à l'université de Haïfa ainsi qu'à l'université de Tel-Aviv. Elle animera un atelier pédagogique à l'intention des professeurs de français de l'IFTA.

Les 19 et 20 mars aura lieu le colloque "Judaïsme et francophonie" au collège académique de Netanya le premier jour et à l'université de Tel-Aviv le second.

Y interviendront tout d'abord, sur les thèmes de la création juive francophone en Israël et dans le monde, de nombreuses personnalités, dont Jacques Huntzinger, président de la Fondation France Israël, Patrick Ulanowska, représentant de l'organisation mondiale de la francophonie, et Zeev Boïm, ministre de l'Immigration et de l'Intégration d'Israël.

Lors de la deuxième journée s'exprimeront, sur les thèmes de la littérature juive et de la francophonie en Israël, Yigal Palmor du ministère israélien des Affaires étrangères, Yehouda Lancry de l'Alliance israélite universelle, Nicolas Weill du journal Le Monde et le philosophe Alain Finkelkraut.

Le 20 mars, journée de la francophonie, se tiendra à Haïfa un colloque sur "La réticence dans des écritures poétiques et romanesques contemporaines", cette figure tenant du retrait et de la retenue, entre le "tout dire" et le "vouloir taire".

Ce colloque sera organisé par le Pr Jacqueline Michel du groupe de recherches en poétique et poésie contemporaine du département de langue et littérature françaises de l'université de Haïfa. Le chercheur universitaire Daniel Aranjo, de l'université Sud de Toulon-Var, lauréat du prix de la critique de l'Académie française, interviendra sur le sujet de la réticence en écriture.

Enfin, du 18 au 22 mars, se déroulera à Jérusalem, Haïfa, Tel-Aviv et Ashdod un festival international du conte francophone avec la participation de Muriel Bloch de France, &Elisabeth Desjardins du Canada, de Brigitte Lugon de Suisse, de Souleymane Mbodge du Sénégal, de Mélancolie Motte de Belgique.

Outre les quatre soirées de contes à l'attention d'un public francophone, les conteurs interviendront dans quelques écoles auprès d'élèves israéliens apprenant le français ainsi que dans les lycées français de Jérusalem et au lycée Marc Chagall de Tel-Aviv.

Il reste à noter la présence en Israël, du 15 au 24 mars, de Serge Toubiana, directeur de la cinémathèque française de Paris et rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma, qui présidera le jury du festival international du documentaire DocAviv. Plusieurs films présentés par la France seront diffusés à ce festival.

Infos : ambassade de France en Israël : http://fr.ambafrance-il.org/

Sandrine Bendavid (Jerusalem Post Edition Française, mars 2007)

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DocAviv 2007

DocAviv 2007 ouvrait ses portes à la cinémathèque de Tel-Aviv jeudi 15 mars dernier, avec la Projection de Shalosh Paamim Megureshet ("Trois fois divorcée") d'Ibtisam Mara'ana, premier film en course pour le prix israélien.

L'événement annuel phare de l'industrie du documentaire, dirigé par Ilana Tsur, organise comme Chaque année quatre grandes compétitions : la compétition israélienne, la compétition internationale, la compétition de films d'étudiants et la compétition jeunesse "Doc Tsaïr".

Sa neuvième édition propose, en outre, un hommage au Moma (musée des arts modernes de New York) avec sept projections exceptionnelles de films qui ont marqué l'histoire du cinéma documentaire américain, tous issus de la collection du musée.

Un autre hommage est rendu cette année au célèbre festival du documentaire d'Amsterdam, l'IDFA, et une dernière sélection est consacrée aux courts métrages. Le festival propose, par ailleurs, des projections de minuit, une série de classes de maîtres dirigées par les artistes invités du festival et plusieurs spectacles musicaux gratuits.

Les nombreuses projections et les différents événements du festival se déroulent à la cinémathèque de Tel-Aviv, au musée de Tel-Aviv, dans la salle Eshkolot Païs et au centre Suzanne Dellal.

Serge Toubiana est l'invité de cette neuvième édition.

Direeteur de la cinémathèque française, il a également été le rédacteur en chef et gérant des Cahiers du Cinéma de 1974 à 2002. Il est aussi auteur d'ouvrages de cinéma, parmi lesquels Le Cinéma vers son deuxième siècle (Le Monde Editions, 1995) , François Truffaut (avec Antoine de Baecque, Gallimard, 1996), Cannes cinéma, cinquante ans de festival vus par Traverso (Cahiers du cinéma, 1997).

Il a aussi écrit un ouvrage consacré à Amos Gitaï et réalisé plusieurs séries DVD consacrées à Charlie — Chaplin, François Truffaut, Krzysztof Kieslowski, Peter Hanneke et Maurice Pialat. Serge Toubiana est président du jury de DocAviv 2007 et sera présent en Israël jusqu'au 25 mars prochain.

Sont à voir, parmi les films israéliens en compétition de ce festival : Yerushalayim Gea Leatsig ("Jérusalem est fière de vous présenter..."), un documentaire réalisé en 2006 par Nitzan Gilady, qui retrace les luttes qui ont fait rage entre les extrémistes religieux et les activistes des organisations homo-lesbiennes israéliennes, suite à l'élection de Jérusalem, en été 2006, comme ville d'accueil de la Gay World Pride. Yerushalayim Gea Leatsig sera projeté samedi 24 mars, à la salle Eshkol Pais, à 22 heures.

Medubar Be Ahava (Une question d'amour) est le dernier documentaire du réalisateur israélien Dan Wolman qui y dépeint l'histoire de la relation amoureuse entre ses parents, tentant d'y découvrir les racines du traumatisme infantile.
Son film est le portrait délicat d'une génération dédiée au travail et aux idéaux.

Medubar Be Ahava sera lui aussi projeté samedi 24 mars prochain, à l'Eshkol Pais, à 12 heures.

Enfin, grand favori de la compétition israélienne, Mebuzbazim de Nurit Keidar, est la réponse documentaire à la magnifique fiction de Joseph Cedar, Beaufort, lauréat de l'Ours d'argent du meilleur réalisateur au dernier festival de Berlin et en ce moment dans les salles.
Si les deux films traitent de la guerre du Liban, de la mort, de la peur, de la claustrophobie et de la douleur, Mebuzbazim le fait à travers le travail de l'artiste israélien Ohad Naharin qui a créé en S'inspirant du roman de Ron Leshem Im yesh Gan Eden ("S'il est un paradis") une chorégraphie pour Cinq danseurs de la compagnie Bat Sheva. Mebuzbazim fera l'objet de deux projections au centre Suzanne Dellal, jeudi 22 mars à 21 heures et vendredi 23 mars à 13 heures trente.

Parmi les films étrangers de DocAviv 2007 à ne pas manquer : Abduction (Enlèvement) est un documentaire américain réalisé en 2006 par Patty Kim, tourné au Japon. Megumi Yokota, une adolescente japonaise de 13 ans, disparaissait sur le chemin du retour de l'école, en 1977. Vingt ans plus tard, ses parents apprenaient qu'elle avait été kidnappée par des espions nord-coréens - et qu'elle n'était pas la seule.

Ces enlèvements faisaient partie d'un programme de formation d'espions parlant japonais et habitués,' aux usages du pays. Le film suit le vieux couple de parents dans leur combat quotidien pour contacter leur fille et évolue vers le débat politique international. Abduction sera projeté le vendredi 23 mars au musée de Tel-Aviv, à 12 h 30.

Voyage en sol majeur, réalisé par Georgi Lazarevski, est un film français qui raconte l'histoire d'Aimé; un violoniste âgé de quatre-vingt-onze ans qui s'est enfin décidé à entreprendre le grand voyage au Maroc qu'il projette depuis quarante ans. Son petit-fils, réalisateur et photographe, l’accompagne.

Un voyage tendre et amer, plein d'occasions gâchées et de bonheurs fugitifs. Comme la vie. Voyage en sol majeur sera programmé samedi 24 mars au musée de Tel-Aviv, à 18 h.

Enfin, parmi les films de la section "Special Screening" (projections spéciales), Dance Your Life ("Danse ta vie") est une réalisation israélienne de Sandy Raischer qui enquête sur le phénomène salsa, une mode qui a enflammé le monde depuis les années quatre-vingt-dix et qui n'a, bien sûr, pas épargné Israël.

Le film accompagne trois danseurs amateurs et leurs préparatifs pour le congrès international de salsa à Eilat : Eli, un ex-religieux orthodoxe, en conflit avec les membres de sa famille ; Maya, récemment divorcée de son époux, qui se débat entre les exigences de son statut monoparental et celles de son emploi ; Yoni, un nouvel immigrant français aux prises avec les difficultés de l’intégration et la préparation de son mariage avec la jeune Shahaf.

Dance Your Life sera programme jeudi 22 mars à 22 h à la cinémathèque de Tel-Aviv.

DocAyiv 2007, jusqu'au 24 mars 2007. Renseignements et réservations : 03-691 38 11, extension zéro.

Site officiel du festival : www.docaviv.co.il

Sandrine Bendavid (Jerusalem Post Edition Française, mars 2007)

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Le bleu de ses yeux...

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La Môme, le film-évènement de l'année 2007, écrit et réalisé par Olivier Dahan, est sorti depuis peu sur les écrans israéliens sous le titre La Vie en Rose. Avec déjà plus de quatre millions d'entrées en Hexagone, il promet d'être, à l'étranger comme en France, le plus gros succès cinématographique français depuis Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain, en 2001.

Parmi les douze avenues qui rejoignent l'Arc de Triomphe de Paris, l'avenue Mac-Mahon est probablement la moins connue et la moins visitée par les touristes. Celui qui s'y promène n'y trouvera aucune plaque commémorative sur les murs, aucun signe lui indiquant que l'histoire de la musique populaire avec un grand "H" s'est faite en ces lieux, il y a 71 ans.

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C'est en octobre 1935. Deux maigres jeunes filles en haillons descendent des quartiers pauvres du nord de Paris jusqu'à l'angle de l'avenue Mac-Mahon et de la rue Troyon, qui était à l'époque une station de métro. L'une des deux jeunes filles, pas plus haute qu'un enfant de dix ans, commence à chanter d'une voie puissante et envoûtante qui semble trop grande pour sortir d'un aussi petit corps.

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Parmi les passants attroupés autour d'elle se trouve Louis Leplée, propriétaire d'un des grands cabarets des Champs-Elysées de l'époque. Ainsi commence la carrière de "la Môme Piaf", qui devait devenir, la chanteuse la plus célèbre et la plus aimée des français et du monde entier. Sa voix, rugueuse, riche, passionnée, dramatique, a fait d'Edith Piaf plus qu'une légende, un véritable icône de la France, dont la grandeur et la popularité demeurent à jamais.

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Durant les mois à venir, le monde entier va pouvoir découvrir ou redécouvrir l'histoire d'Edith Piaf, grâce à ce grand film autobiographique produit par Alain Goldman qu'est La Môme, porté par un casting impressionnant composé de Marion Cotillard dans le rôle principal et Gérard Depardieu dans celui de Louis Leplée, mais aussi de Pascal Grégory, Sylvie Testud, Emmanuelle Seigner, Jean-Paul Rouve, Clotilde Courau et Catherine Allégret.

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La bande originale du film est composée presque dans sa totalité d'enregistrements originaux de Piaf. Le public pourra y retrouver toutes ses plus belles chansons : "Je ne regrette rien", "La Vie en rose", "Milord", "L'accordéoniste", "Padam Padam", mais aussi d'autres titres moins connus qu'il aura sans doute du plaisir à découvrir. Un film à voir, pour tous les amoureux de chanson et de la France, qu'ils soient cinéphiles ou pas.

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La Vie en Rose d'Olivier Dahan est distribué en Israël par les films "Shapira", au Théâtre de Jérusalem, au cinéma "Dizzengoff" de Tel-Aviv, et au cinéma Panorama de Haïfa. Site Officiel du film : http://www.tfmdistribution.fr

Sandrine Bendavid (Jerusalem Post Edition Française, mars 2007)

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L'art au féminin

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Aline Frisch est une photographe originaire de Belgique qui vit et travaille en Israël depuis une dizaine d'années. Spécialiste du portrait, elle a photographié les plus célèbres artistes et personnalités politiques nationales. Il y a un peu plus d'un an, suite à une grave crise familiale, Aline a arrêté de travailler et s'est totalement et volontairement isolée du monde extérieur. L'exposition que l'artiste présente au public à Tel-Aviv et l'ouvrage du même titre qui l'accompagne sont le résultat de cette période d'enfermement et d'introspection.

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"Les grandes décisions de ma vie, celles de ma carrière professionnelle et celle de ma montée en Eretz, ont été prises par hasard. Je suis pourtant quelqu'un de très structuré et de très prévoyant. Après des études initiales de littérature et de psychologie, j'ai appris la photographie pendant quatre ans à Bruxelles, dans une école très technique où la chimie et les mathématiques étaient des matières prédominantes.

J'ai décidé ensuite de faire mon alyiah subitement, à l'âge de 23 ans. Israël a été un choc pour l'Européenne que j'étais, mais j'ai tout de suite été séduite par les gens, leur spontanéité, leur caractère franc et direct.

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J'ai appris un jour que la propriétaire de YediothAharonot était belge et originaire de ma ville natale, je suis allée la voir avec mon ?book' et j'ai commencé à travailler pour La Isha en tant qu'indépendante. Mes premiers portraits ont été ceux de femmes de carrière, puis j'ai photographié sans le savoir des gens de plus en plus célèbres.

Comme je n'avais pas de budget pour avoir un studio, j'ai travaillé dès le départ dans mon appartement que j'ai progressivement aménagé. Cela a créé une situation particulière où les gens, pénétrant mon intimité, se sentaient plus à l'aise de me laisser pénétrer la leur avec mon objectif, où nos univers se mélangeaient par l'intermédiaire d'un lieu partagé, d'un vêtement emprunté pour une pose?

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J'ai aussi travaillé pour Cosmopolitan, pour d'autres magazines et aussi pour des clients privés, hommes politiques et personnalités publiques que les boîtes de relations publiques m'envoyaient.

Il y a un an environ, une grave crise financière et affective a bouleversé ma famille demeurée en Belgique et réveillé des angoisses personnelles enfouies depuis plusieurs années et qu'il fallait que je gère enfin. J'ai arrêté mes contrats professionnels, je me suis coupée du monde extérieur et je me suis enfermée dans mon appartement pour ne plus sentir les douleurs du dehors et me reconcentrer vers moi-même.

Je me suis toujours beaucoup intéressée au visage féminin, au langage du corps, au fonctionnement de l'esprit humain. Etant clans mon appartement qui est aussi mon studio, n'ayant personne autour de moi et ne voulant pas rester oisive, c'est tout naturellement que je suis devenue moi-même l'objet de mon travail artistique.

Je savais déjà regarder mon visage et mon corps au-delà de leur simple apparence physique. J'ai voulu les faire parler, les faire parler de moi. Et j'avais tellement à dire que je me suis mise à rajouter des textes sur les photographies.

J'y ai encore ajouté d'autres textes, pour expliquer au gens que leurs corps et leurs visages sont des outils exceptionnels de communication, pour qu'ils les comprennent comme j'avais compris les miens et qu'ils apprennent à s'en servir de la bonne manière.

Je n'ai pas la prétention ni le désir d'avoir créé une nouvelle forme d'expression artistique. Ce qui est important, c'est qu'en me connectant avec moi-même, je me rapproche des énergies et des autres. Je suis en train de créer un second travail qui s'intitule Earth Talks et qui observe les énergies du monde et des éléments autour de l'être humain.

"Body Talks", exposition des photographies d'Aline Frisch au centre commercial de Ramat Aviv, galerie des fenêtres musicales.
Renseignements : 054-201 10 31. Site : www.alinefrisch.com

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Muriel Taylor vit depuis plus de trente ans à Jérusalem. Astrologue et écrivain de son métier, bien que vivant dans un milieu artistique, elle n'a jamais étudié la peinture. Il y a deux ans et demi, Muriel a découvert qu'elle avait un cancer et s'est immédiatement mise à peindre des tableaux abstraits, d'instinct, sans chercher à savoir si ce qu'elle créait avait une réelle valeur artistique, mais avec une passion et une intensité de travail hors du commun. Aujourd'hui, des centaines de toiles s'accumulent dans son atelier. Elle en peint cinq ou six à la fois et dit en avoir des dizaines d'autres qui se bousculent dans sa tête en attendant d'être posés sur la toile. Malgré ses réticences et sa relative indifférence à être reconnue, son entourage s'est rapidement rendu compte de son exceptionnel talent et ses tableaux sont exposés et vendus à travers tout Israël aujourd'hui.

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"Je dis souvent en plaisantant que les médecins ont du mettre quelque chose dans mes chimiothérapies, un produit magique qui a tout déclenché. Je continue de faire de l'astrologie à petites doses pour des clients amis que je vois de temps en temps, mais, pendant presque tout mon temps libre, je peints. Cela a commencé quand nous avons déménagé dans notre nouvelle maison. J'avais récupéré tous les morceaux de céramiques qui n'avaient pas été utilisés pour les travaux, sans savoir tout d'abord ce que j'allais en faire.

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Avec ces pièces et d'autres matériaux de récupération domestique, j'ai fabriqué une grande mosaïque sur le mur intérieur de mon jardin. Une de mes amies, qui venait d'ouvrir un centre de gymnastique à Givat Shaul, est tombée amoureuse de cette mosaïque et m'a demandé de décorer le centre. C'est comme cela que j'ai commencé à peindre mes tableaux. En trois mois, j'avais créé cent vingt toiles. Les clients du centre se sont enthousiasmés pour mon travail et j'ai commencé à recevoir des commandes et à exposer un peu partout.

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Peindre est pour moi une thérapie et un plaisir tout à la fois. Avec les couleurs sur mes toiles, je crée de la joie. Je fais très peu d'huile, surtout de l'acrylique. J'ai appris toutes mes techniques de travail par moi-même, sur le tas, sans prendre de leçons. Mais je n'utilise que les moyens qui servent mon propos, comme la technique de bulles et de gouttes qui est très présente sur mes toiles, référence au goutte à goutte des traitements chimiothérapiques.

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L'art figuratif ne m'a jamais parlé. Ce que j'aime dans l'abstrait, c'est qu'il donne à voyager. Les clients du centre de gymnastique entraient dans mes toiles comme dans autant d'univers. J'ai reçu de nombreuses lettres où les gens m'expliquaient ce qu'ils avaient ressenti en observant mes toiles.

Chaque interprétation est unique et différente des autres. Je trouve cela fabuleux. Ce qui m'intéresse, c'est de donner du bonheur aux gens, de pouvoir les transporter hors du monde pendant quelques minutes.

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C'est un autre langage et un autre univers, qui touche en nous certainement des choses dont nous n'avons pas toujours conscience. Si mon art ne m'a pas encore guéri et si je ne compte pas sur lui pour me guérir, il me donne de la bonne humeur et me permet de vivre bien au jour le jour.

J'ai créé un site Internet qui s'appelle Healing with colors (guérir avec les couleurs, ndlr) et je projette de peindre et d'exposer l'année prochaine à Paris. Pour l'exposition du centre culturel de Jérusalem, j'ai eu l'idée d'illustrer les tableaux avec des citations d'écrivains français : Romain Gary, bien sûr, mais aussi André Gide, Francis Blanche, Sacha Guitry, Main Finkielkraut et d'autres... Je me sens privilégiée de pouvoir exposer dans un lieu francophone en Israël. Mon art est l'expression d'une autre perspective sur ma vie, sur la vie, que j'ai envie de partager avec les autres, ici et ailleurs".

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"Hymne a la vie", exposition des tableaux de Muriel Taylor, au centre culturel français de Jérusalem, jusqu'au 30 avril 2007.
Heures d'ouverture et renseignements : 02-624 31 56, ou sur le site www.murieltaylor.com

Sandrine Bendavid (Jerusalem Post Edition Française, avril 2007)

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Rencontres culturelles de l'ambassade de France en Israël 2007

Sous l'autorité de Jean-Michel Casa, ambassadeur de France, et du conseiller culturel, Tobie Nathan, Alain Monteil coordonne depuis quelques mois la mise en oeuvre en Israël des projets de coopération et de diffusion, impliquant des artistes français venant de métropole, en privilégiant la création contemporaine et le développement de carrière des jeunes créateurs.

Ces projets se développent en partenariat avec des diffuseurs et promoteurs locaux, directeurs de festivals et de grandes institutions culturelles, en s'appuyant sur les centres et instituts culturels français de Tel-Aviv, Jérusalem, Haifa et Nazareth, et parfois dans le cadre de collaborations avec le réseau culturel français dans les Territoires.

Alain Monteil présente cette semaine aux lecteurs du Jerusalem Post édition française une vue d'ensemble des événements culturels prévus par l'ambassade pour l'année en cours et les deux années à venir.


Quels sont les temps forts du calendrier culturel de l'ambassade de France en Israël ?

Il en a trois principaux. Tout d'abord l'inauguration du nouvel institut français de Tel-Aviv, qui aura lieu le 21 juin prochain, date que nous avons choisie parce que c'est celle du début de l'été et de la fête de la musique, occasion idéale pour les nombreuses réjouissances que nous avons envisagées et que je développerai ultérieurement. Le second temps fort de ce calendrier sera, en 2008, le 60e anniversaire de l'Etat d'Israël, auquel nous souhaitons naturellement nous associer. Dans le cadre de ces festivités nationales, nous sommes en train de créer un grand festival de musique franco-israélien qui serait l'occasion de la création de grandes ?uvres qui n'ont jamais été présentées en Israël, comme l'oratorio Le Roi David, d'Arthur Honegger, ou encore la symphonie Turan-Galila d'Olivier Messiaen. Enfin, 2009 sera l'année du centenaire de Tel-Aviv, où nous souhaitons initier un grand événement théâtral dans les rues de la ville et, peut-être aussi, en partenariat avec la municipalité, une mise en lumière des bâtiments importants de la cité, avec des artistes français qui possèdent ce savoir-faire.

Quels sont les projets de coopération dans le domaine de la danse contemporaine ?

Nous travaillons, dans ce cadre, surtout avec le centre Suzanne Dellal de Tel-Aviv, qui est l'un des centres chorégraphiques les plus professionnels que je connaisse à l'étranger. Nous avons programmé trois grands événements pour cette année. Tout d'abord, la Compagnie du centre chorégraphique national de Caen, avec Héla Fatoumi et Eric Lamoureux, sera en Israël à la fin du mois de mai et au début du mois de juin prochains pour une soirée au centre Suzanne Dellal et un spectacle dans le cadre du festival Israël au théâtre de Jérusalem. En octobre 2007, en initiale du festival "Danse Europa", la compagnie Montalvaux proposera au public la très belle production "On danse !" pour plusieurs soirées successives. C'est un spectacle très dynamique qui mélange tous les genres chorégraphiques ensemble, avec des petites vignettes et beaucoup de projections vidéo. En dernier lieu, au mois de décembre 2007, nous allons présenter la deuxième édition de "French-Connection", qui est le plateau promotionnel des danses contemporaines françaises avant-gardistes.

Que va-t-il se passer pour le théâtre ?

Le domaine de notre action concernant le théâtre cette année sera surtout celui des arts de la rue. Nous avons la chance d'être en Israël où les gens sont plus souvent dehors qu'enfermés chez eux et on où l'on aime particulièrement faire la fête.
Nous allons donc faire descendre le théâtre dans la rue, en commençant par le festival de théâtre pour enfants de Haïfa, début avril, avec les compagnies françaises Zaza, la Compagnie des Petits Miracles, Mouton Vanille et Excuse qui se produiront à l'extérieur, pour le bonheur des enfants et des parents. Quinze jours plus tard s'ouvrira, à Shefaram, le festival de pantomime où nous aurons deux compagnies issues de l'Ecole de mime Lecoq. Au mois d'août, le festival de théâtre de marionnettes de Jérusalem accueillera plusieurs compagnies françaises et, à la fin du mois, au festival de Bat Yam, la compagnie délirante Complexe Capharnaüm viendra honorer le jumelage entre cette ville et la ville de Villeurbanne. Le point culminant, en ce domaine, sera bien sur le festival d'Acco (Saint-Jean-d'Acre, ndlr), avec la compagnie 9 :81 d'Eric Leconte, la compagnie Les Poules qui va quelque peu perturber la ville de ses élucubrations, et "Monsieur Culbuto" qui se balancera sur sa base métallique dans les rues du festival. Ces spectacles seront destinés à tous les publics et présentés gratuitement. Enfin, le 28 juin, dans le double cadre de la "Nuit Blanche" à Tel-Aviv et du Festival international du Geste, une coproduction entre la compagnie israélienne Kiipa et la compagnie française Materia Prima sera créée autour du site de l'Institut français, sur le boulevard de Rothschild.

Les musiques actuelles semblent être privilégiées dans votre programme...

En effet et en premier lieu la musique électronique, avec nos partenaires qui sont principalement les clubs de Tel-Aviv le Dada, le Barzilai et le Calife. Nous allons consolider la saison de Di français que nous avons initiée il y a peu, sous le label "Made In Paris", et nous avons fait venir en Israël le grand Di Laurent Garnier pour une soirée au club Haoman 17 de Tel-Aviv vendredi 20 avril. Le public jeune est un public que nous essayons de séduire et d'attirer vers l'Institut français et ce projet est l'un de nos outils en la matière. Nous sommes aussi partenaires de la société de production Live Production, responsable de concerts, dont, très bientôt, celui du prince du Rai Rachid Taha, qui devrait être en Israël pour une série de concerts à Tel-Aviv, à Haïfa et à Césarée. Dans le cadre du festival World Music qui aura lieu les 12, 13 et 14 juillet à l'Opéra de Tel-Aviv, le groupe de musique tzigane Les Yeux noirs et le groupe africain Zap Marna se produiront sur scène, et nous sommes en négociations pour la venue en Israël de la chanteuse Sapho. La France sera présente aussi dans le cadre du festival de jazz de la mer Rouge, à la fin du mois d'août, avec Sarah Lazarus, Biréli Lagrène et André Ceccarelli.

Quels sont les projets de coopération dans le domaine des arts visuels ?

Deux grandes expositions qui vont concerner des artistes français sont prévues pour cette année :
une exposition-événement de Kader Attia qui sera inaugurée le 2 juin à Haïfa (Kader Attia créera, dans ce cadre, une installation de miroirs sur l'une des plages de Tel-Aviv) et puis, le 23 juin, à Herzliya, s'ouvrira, sur le thème des rites, l'exposition de deux photographes franco-africains, Malala Andria, une artiste de Madagascar et le Maghrébin Bruno Hadjih. Enfin, plusieurs créateurs français de vidéo-art, venus de l`Ecole de photographie et des arts numériques du Fresnois, présenteront un collectif au centre d'art contemporain de Tel-Aviv. Il est important de préciser que toutes les opérations, dans tous les domaines, se feront dans le cadre de nombreuses villes en dehors de Tel-Aviv : Ashdod, Holon, Rishon Le Tsion, Bat Yam, Haïfa, Jérusalem, Acco et autres...

Renseignez-vous sur le site officiel de l'ambassade de France en Israèl : http://fr.ambafrance-il.org

Sandrine Bendavid (Jerusalem Post Edition Française, avril 2007)

Paris et ses toiles s'invitent en Eretz

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L'édition 2007 des Moments du cinéma français, le traditionnel festival printanier du film francophone en Israël, créé et produit, en collaboration avec le service audiovisuel de l'ambassade de France à Tel-Aviv, par Caroline Bonneh, directrice de la maison de distribution et de production Eden Cinéma, se déroulera dans toutes les cinémathèques du pays, du 1er au 24 mai prochain.

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La cérémonie d'ouverture, inaugurée par Jean-Michel Casa, l'ambassadeur de France en Israël, sera présentée au public à la cinémathèque de Tel-Aviv, le ter mai, et donnera lieu à la projection de Molière, la dernière réalisation du metteur en scène français Laurent Tirard, sortie en Hexagone en février 2007 et prochainement distribuée par les cinémas Lev dans toutes les grandes salles israéliennes, à partir du 3 mai prochain.

Il s'agit d'une comédie biographique autour de l'histoire du maître acteur et auteur du théâtre français, avec dans le rôle titre Romain Duris, entouré de Fabrice Luchini, Laura Morante et Edouard Baer.

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Catherine Deneuve, Emanuelle, Béart, Miou Miou, Audrey Tatou, Gad Elmaleh, Charlotte Gainsbourg, Alain Chabat, Michel Blanc, Aure Atika, Mélanie Laurent, Cécile de France et Julie Depardieu sont parmi les stars du cinéma français dont le public pourra découvrir les dernières performances cinématographiques, grâce à un programme particulièrement riche et diversifié, incluant une trentaine de réalisations fictives et documentaires françaises, belges, suisses, québécoise, malienne, congolaise et marocaine, produites pour la plupart d'entre elles en 2006 et dont certaines sont sorties il y a seulement quelques mois dans les salles de l'Hexagone.

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Les films du festival sont divisés en plusieurs catégories : les longs métrages de fiction, le cinéma de la francophonie, le cinéma documentaire, le film d'animation et une toute nouvelle catégorie, dédiée au court métrage. Les Moments du cinéma français avaient fait appel, l'année dernière, aux critiques de film israéliens pour décerner un prix au film de leur choix parmi les réalisations projetées lors du festival. C'est à ses réalisateurs qu'il a demandé de choisir leur favori pour cette édition 2007.

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Parmi les films programmés lors de ce festival, le public amateur de cinéma français pourra découvrir la dernière réalisation d'André Téchiné, Les Témoins, sélectionné à la compétition officielle du dernier festival international du Film de Berlin et sorti il y a peu dans les salles en France. A l'affiche de ce film qui traite, entre autres sujets, du grave problème du sida en France, Emmanuelle Béart, Michel Blanc, Sami Bouajila et Julie Depardieu.

Autre long métrage de fiction français imposant au programme de ce festival, Le Héros de la famille est un film réalisé en 2006 par Thierry Klifa, avec Claude Brasseur, Gérard Lanvin, Catherine Deneuve et Miou-Miou dans les rôles principaux.

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La comédie d'Eric Lartigau en compétition aux derniers Césars français, Prête-moi ta main, avec Charlotte Gainsbourg, Bernadette Lafont et Alain Chabat à son affiche, sera présentée au public dans le cadre des Moments, avant d'être distribuée dans tout Israël par la maison United King.

Le drame de Phillipe Lioret, Je vais bien, ne t'en fais pas, lauréat des Césars 2007 du meilleur espoir féminin pour son actrice principale Mélanie Laurent et du meilleur second rôle masculin pour Kad Merad, est l'un des films à ne pas manquer de la sélection des longs métrages de fiction du festival. Ce film, particulièrement émouvant et remarquablement réalisé et interpreté, est l'un des phares de la sélection.

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Dans Paris, le long métrage de Christophe Honoré présenté pour la première fois en 2006 lors de la dernière Quinzaine des réalisateurs du festival international du film de Cannes, sera lui aussi proposé au public des Moments, avant d'être distribué en Israël par Eden cinéma. Un très beau film, avec Romain Duris, Louis Garrel, Joanna Preiss, Guy Marchand et Marie-France Pisier dans les rôles principaux.

Dans la catégorie du festival dédié au cinéma de la francophonie, le public pourra assister aux projections du film malien d'Abderrahmane Sissako Bamako, présenté lui aussi en sélection officielle hors compétition au festival de Cannes 2006 et prix spécial du jury des 21e journées cinématographiques de Carthage en 2006.

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Autre excellent long métrage au programme de la sélection francophone, « WWW, What a Wonderful World » est un film marocain de Faouzi Bensaïdi, thriller romantique burlesque aux accents de Jacques Tati, avec Faouzi Bensaïdi et Nezha Rahil dans les rôles titres. Un film évocateur de la réalité marocaine moderne et une très belle réalisation cinématographique pour cinéphiles avertis.

Les amateurs de football, très nombreux en Israël, qu'ils soient francophones ou non, auront la primeur de la projection du documentaire Zidane, Portrait du vingt et unième siècle, coréalisé par Douglas Gordon et Philippe Pareno et présenté en sélection officielle hors compétition au festival de Cannes 2006. Il s'agit d'un portrait spectaculaire, magique, en temps réel et en action de Zinedine Zidane, donnant au spectateur le sentiment d'être placé sur le terrain, aux côtés du joueur.

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Autre film remarquable programmé à la sélection documentaire du festival, Le Syndrome des Indes, réalité par Phillipe Vitaller, intéressera sans nul doute les nombreux parents d'adolescents israéliens en partance pour leur traditionnel voyage post-militaire vers l'Orient. Ce documentaire a été lauréat du prix Minkowska au festival international de Lorquin en 2005.

Des embouteillages de New Delhi aux crémations de Bénarès, du choc culturel des premiers jours, au glissement dans la mystique hindoue, Philippe Vitaller a parcouru les routes de l'Inde à la rencontre de ces voyageurs qui témoignent de leur fascination ou de leur traumatisme. Le festival est ouvert. A vous d'y aller.

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La grande majorité des nombreux films au programme des Moments du Cinema Français 2007 fera l'objet de sous-titrages en hébreu et en anglais. Ils seront projetés dans les cinémathèques de Tel-Aviv, Jérusalem, Haïfa, Roch Pina et Sdérot, au Heihal Ha Tarbut de Netanya, à la salie Renée Shani de Hedera, à Raanana et à Ashdod.

Tous les renseignements concernant cette quatrième édition ainsi que le programme complet et les horaires des projections sont disponibles sur le site des productions Eden : http://edenh.dsitesl.co.il/Htmls/home.aspx, aux numéros de téléphones des différentes cinémathèques et au 03-517 05 88.


Sandrine Bendavid (Jerusalem Post Edition Française, mai 2007)

Les comédiens, les musiciens, les magiciens…

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Le festival Israël 2007 se déroulera du 26 mai au 10 juin prochain à Jérusalem, comme chaque année, et présentera au public amateur plusieurs dizaines de spectacles originaires du monde entier et d'Israël. Le programme, riche et diversifié, est un reflet de la création mondiale contemporaine en matière des arts de la scène, sous toutes leurs facettes.

Participeront à cette grande fête du spectacle des artistes venus de Suisse, d'Australie, d'Ouzbékistan, de Hongrie, d'Allemagne, de Cuba, de France, d'Autriche, de Grande-Bretagne, de Russie, de Hollande, d'Espagne et bien sûr d'Israël.

L'équipe organisatrice du festival avec à sa tête son directeur artistique, Yossi Tal-Gan, a réquisitionné de nombreux sites pour les performances de ses artistes : Le Théâtre de Jérusalem, le Binianel Haouma (Palais des Congrès), le Laboratoire, le Brechat Hasultan, le YMCA, l'église des Mormons, le village de Eyn Karem, la salle Gérard Bechar et enfin le théâtre du Khan. Les spectacles se déplaceront aussi en dehors de la capitale, grâce à plusieurs partenariats avec les municipalités de Holon, de Tel-Aviv et de Haïfa.

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La politique de maintien de tarifs uniques pour les prix des spectacles continue cette année d'être une priorité majeure des organisateurs du festival, quel que soit le lieu de la performance ou les places dans la salle. Les personnes qui auront réservé plus de trois spectacles différents bénéficieront de 10 % de réduction sur le prix de leurs billets et plusieurs centaines de places seront proposées à un prix réduit pour les salles Sherover et Henry Crown du théâtre de Jérusalem.
Le thème du festival Israël cette année est celui du monde vu comme un village artistique global, où les créateurs originaires de cultures différentes communiquent et concrétisent ensemble le langage artistique du 21e siècle. Pour exemple, le projet "Mosaïque" qui combine musique contemporaine et interprétation visuelle, ou le théâtre Vidy de Lausanne qui marie la performance textuelle et le son avec une illustration radicale et hors norme.

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Le Théâtre d'objets sous toutes ses formes sera à l'honneur cette année au festival, avec le spectacle de marionnettes pour adultes de l'artiste australien Neville Tranter, le théâtre de masques Familie Floz originaire d'Allemagne, déjà présent lors de l'édition 2005 du festival Israël, et aussi avec la performance extraordinaire de la compagnie espagnole pluridisciplinaire Pep Bou, élaborée avec des bulles de savon, des effets spéciaux et des jeux de lumières.

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Parallèlement aux travaux artistiques avant-gardistes, le festival proposera au public plusieurs oeuvres du répertoire classique : le Médée du théâtre Jozsef Katona venu de Hongrie, un marathon au piano des oeuvres de Scarlatti et de Bach, ou encore le concert classique du quatuor russe Borodin.

Les jeunes artistes israéliens ont depuis toujours une place de choix dans le programme du festival Israël. Le projet Zirat Hafestival qui les reçoit chaque année sera consacré aux domaines de la danse contemporaine et de la musique rock.
Le spectacle d'ouverture du festival Israël sera celui du cirque acrobatique de Fiumi, originaire de la Chine. Intitulé Les Héros sous le ciel et mis en scène par Lyang Zung Ay, il aura lieu le 25 mai prochain au Binianei Haouma à Jérusalem. Cette troupe de cirque, composée d'une soixantaine d'artistes acrobates, présentera un spectacle de motion artistique encore jamais vue en Israël, fondé sur les histoires et personnages de la riche culture traditionnelle chinoise.

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Parallèlement à ce spectacle, six artistes chinois présenteront le soir du gala d'ouverture leurs travaux dans le hall du Binianei Hauma, puis par la suite sur le marché des artistes qui aura pour site le Hall Sherover du théâtre de Jérusalem, ce pendant toute la durée du festival.

Parmi les artistes francophones invités du festival Israël 2007, "Les voix humaines", le duo des musiciennes Susie Napper et Margaret Little proposera aux mélomanes amoureux de musique baroque un concert des oeuvres de Sieur de Sainte-Colombe et de son élève Marin Marais. Ce duo de gambistes s'est acquis en vingt ans une excellente réputation pour ses interprétations expressives des grandes oeuvres des 17e et 18e siècles et de pièces contemporaines de commande.

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Accueillant souvent des artistes renommés, il offre parfois des compositions moins connues, dont, avec d'autres gambistes de Montréal, celles pour concert de violes. Invitées par les grands festivals d'Amérique du Nord et d'Europe, les deux musiciennes se sont produites aux festivals de musique ancienne de Boston, Cervantès au Mexique, de Brighton en Angleterre, de musique ancienne de Hollande et de Prague.

A part leurs tournées régulières en Amérique du Nord et en Europe, en 2005, elles ont joué pour la première fois en Australie et en Nouvelle-Zélande. L'abondante discographie du duo, très favorablement reçue par la critique et couronnée de nombreux prix, comprend plusieurs collaborations avec la soprano Susie Le Blanc et le haute-contre Daniel Taylor ainsi que la première intégrale des Concerts à deux violes esgales de Sainte-Colombe. Le festival Israël 2007 est l'occasion de leur première venue en Israël.

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Le théâtre suisse Vidy originaire de Lausanne viendra présenter au public son nouveau spectacle Hashirigaki. Après Max Black, la première création de la troupe couronnée de succès et en tournée depuis avril 1998, et après La Reprise, Hashirigaki est la troisième production de Heiner Goebbels, directeur artistique et metteur en scène du théâtre Vidy, qui a choisi pour son nouveau spectacle trois actrices musiciennes qui ne pouvaient être plus différentes l'une de l'autre.

Chacune diverge tant dans son personnage que dans sa manière de jouer et par son milieu culturel. Et malgré cela, elles ont plusieurs points communs que Heiner Goebbels souhaite présenter de façon créative. Sur scène, Marie Goyette (Canada et Allemagne), connue dans le spectacle de La Reprise de Heiner Goebbels, Charlotte Engelkes (Suède), ancienne adepte de Michael Laubs et du groupe Remote Control, et Yumiko Tanaka (Japon) - remplacée par Yoko Kimura depuis octobre 2004 (Japon).

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Toutes trois vont évoluer avec tout ce qu'elles représentent c'est-à-dire en parlant, en chantant et en jouant de plusieurs instruments. La pièce elle-même est colorée, très musicale et pleine de voix. C'est plus une énigme qu'une histoire. Heiner Goebbels voudrait créer un conte excentrique avec une sorte de méditation, mais aussi avec beaucoup de mouvement. Comme fondement, il utilise quelques textes du livre de Gertrude Stein The Making of Americans.

Enfin, dans le cadre d'un partenariat avec le service culturel de l'ambassade de France, le festival Israël a convié le centre chorégraphique national de Caen à venir présenter la chorégraphie La Danse de Pièze, un duo masculin qui explore les relations entre deux hommes qui se font tantôt pairs, tantôt rivaux.

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Chorégraphie de Hela Fattoumi et Eric Lamoureux, il s'agit d'une danse de l'effleurement, de la pression, de l'impact, une danse des appuis improbables, une danse où l'énergie et la matière même du corps invite à une expérience sensible du partage. D'apparence assez dépouillée, Pièze est une création complexe.

Un flux électrique circule entre les interprètes. Quand les peaux se touchent, le courant change et influe sur le son. C'est donc Moustapha Ziane, d'origine marocaine, et Hafiz Dhaou, tunisien, qui sonorisent une pièce qui parle de ce que Malek Chebel appelle dans son encyclopédie de l'amour en Islam, l'homosensualité, c'est-à-dire: "l'attitude des orientaux en général, et des Arabes en particulier, qui consiste, en l'absence de partenaires de l'autre sexe, à reporter sur leurs pairs l'excédent de sensualité qu'ils n'arrivent pas à écouler autrement".

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La haute technologie au service d'une approche sensible des relations masculines...Pièze se déploie en trois temps interdépendants qui se répondent et se fécondent pour offrir au public, dans une grande proximité, le fruit d'un voyage sensuel. Convoités, attrapés, enlacés, rejetés...les corps des deux danseurs se sculptent au fil de ces échanges oscillant entre sensualité et confrontation. Un magnifique duo, tout en délicatesse.

Tous les renseignements concernant le festival Israël 2007 ainsi que le programme complet et les horaires des projections sont disponibles sur le site http://www.israel-festival.org.i1/
02-566 31 98 et 02-561 14 38.

Sandrine Bendavid (Jerusalem Post Edition Française, mai 2007)

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Shalom, Mister Swing !

Toute une génération de Français se souvient, nostalgique, d'un jeune homme romantique qui chantait dans les années 1970 les souvenirs de ses vacances d'enfant, au bord de la mer. Il regardait les bateaux, et suçait des glaces à l'eau... Le grand Michel Jonasz a beaucoup évolué depuis cette époque et il est très difficile aujourd'hui de l'associer à une seule catégorie musicale. Entre swing, blues, frénésie tzigane et french jazz, il est un des rares artistes français à n'accepter aucune étiquette, C'est sans doute parce qu'il est avant tout un grand auteur compositeur et un très grand musicien, qui a su traverser les styles comme les années, sans jamais perdre son identité artistique.

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Michel Jonasz, pour la première fois de toute l'histoire de sa carrière, viendra bientôt faire l'honneur de son immense talent à un public israélien de connaisseurs, lors d'un spectacle unique qu'il présentera le dimanche 19 mars 2006 au "Palais des arts de la scène" (Michkan Leomanouyot Habama) de Tel-Aviv. Drancy, Seine-Saint-Denis, banlieue parisienne. Cette ville, tristement célèbre pour avoir hébergé un camp de transit vers les chambres à gaz nazies durant la Seconde Guerre mondiale, voit naître Michel Jonasz le 21 janvier 1947, dans une famille juive d'origine hongroise. La première musique qu'il entend est celle du violon tzigane de son père. Michel est très tôt attiré par les arts, en particulier la peinture et le théâtre. Le déménagement de sa famille à Paris le rapproche du centre culturel qu'est la capitale. Michel quitte l'école à quinze ans avec l'accord de ses parents, s'essaie au théâtre, puis se tourne définitivement vers la musique. Très tôt bercé par Brel, Brassens et Ferré, il vit une véritable révélation avec la découverte de Ray Charles et de "What'dI Say".
Michel devient en moins de deux ans pianiste et compositeur. Il fonde son premier groupe avec son ami Alain et ne tarde pas à se lancer dans l'écriture, se forgeant progressivement un style musical bien à lui.

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En 1972, Michel chante sur la scène de l'Olympia, en première partie de Stone et Charden, puis sort son premier album en 1974. "Super Nana" et "Dites-moi" font progressivement connaître le chanteur au public, mais c'est en 1975, avec son second album et "Vacances au bord de la mer" que Jonasz découvre le succès. Les années 1980 vont marquer une ouverture de l'artiste vers tous les domaines artistiques la scène, le théâtre, le cinéma... Accumulant les disques d'or, les récompenses (prix Raoul Breton, prix Charles Cros, Victoires de la musique...), les tournées et les tubes ("Joueur de blues", "Lucilie", "La Boîte de jazz", "La FM qui..."), le chanteur devient une des valeurs sûres de la chanson française.
Il crée en 1987 un inoubliable spectacle, "La fabuleuse aventure de Mister Swing", où il s'accompagne d'une formidable équipe de musiciens, qui donne lieu à la sortie d'un double live une année plus tard. Huit semaines à la Cigale et six semaines au Casino de Paris à guichets fermés, suivies d'une tournée triomphale dans l'Hexagone.

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194 représentations au total, devant 450 000 spectateurs conquis. Les années 1990 sont celle d'un retrait volontaire l'artiste se consacre à des projets plus spirituels et humanitaires comme "Sol en Si". Il sort pendant cette période deux albums, mais ne remontera sur scène qu'avec le passage au nouveau millénaire, pour une immense tournée internationale dont Israël et l'une des bienheureuses destinations. Michel Jonasz, ému et impatient de découvrir les paysages et les individus du pays hébreu, a accepté de faire quelques confidences aux lecteurs impatients du Jerusalem Post édition française.

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Vous avez déjà visité le Moyen-Orient lorsque vous aviez une vingtaine d'années. Quels souvenirs gardez-vous de cette région du monde ?

J'étais parti dans ce périple avec deux amis, de Paris, dans une petite Diane de l'époque. On avait envie de jouer les aventuriers. Nous ne sommes pas passés par Israël mais nous avons voyagé jusqu'au Liban. Je me souviens de la Turquie et de la Syrie... Mais ce sont essentiellement des souvenirs d'amitié et de complicité.

Mais ce n'est pas la première fois que vous venez en Israël...

C'est la première fois que je vais chanter en Israël, mais je m'y suis rendu plusieurs fois en vacances avec ma famille et j'y ai tourné le Testament d'un poète juif assassiné, adaptation du roman d'Elie Wiesel. Chanter ici est une envie que j'avais depuis longtemps. Les artistes, hélas, ne sont jamais seuls à prendre leurs décisions. Les producteurs ont opposé à mon envie plusieurs difficultés d'ordre matériel. Et surtout il fallait quelqu'un, ici, qui soit capable d'organiser un spectacle comme le mien et qui ait envie de me faire venir en Israël.

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Avez-vous préparé ce spectacle différemment pour le public israélien ?

Non, même s'il est clair que l'expérience d'un lieu et d'un public particulier fait qu'un spectacle n'est jamais exactement le même à chacune des étapes de la tournée. Mais sur le plan du répertoire, c'est le même tour de chant que celui que je fais depuis un an, fondé sur mon dernier album, auquel j'ajoute quelques anciennes chansons que j'aime bien comme Super Nana ou Joueur de Blues.

Finalement, Israël est une destination comme une autre ?

Certainement pas. Qui peut dire qu'Israël est une destination comme une autre ? J'ai un lien charnel, familial et génétique avec ce pays. Ce n'est pas du tout la même histoire que pour les autres stations de la tournée. J'éprouve une avidité, une émotion particulière en sachant que je vais chanter ici. C'est une sensation presque mystique. Il y a aussi une dimension spirituelle à cette rencontre, du fa_ de mes ancêtres et de ma famille, pour lesquels je vais certainement avoir une pensée particulière C'est un spectacle que j'attends avec une grande impatience.

Connaissez-vous le public israélien ? Savez-vous qu'il est grand amateur et connaisseur de mus et de jazz en particulier ?

J'avoue mon ignorance mais mon intuition me dit que c'est un peuple humaniste, curieux, se-s e et intelligent, J'ai une grande confiance dans la qualité de ce public, dont la dimension spirite s,' e 1:: forcement s'exprimer aussi par l'intermédiaire de la musique.

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Quelle place le judaïsme occupe-t-il dans votre vie ?

-Le judaïsme a toujours fait partie de ma vie, même si j'ai ma propre façon de le vivre. Je n'ai pas été élevé dans la tradition. Ma relation était surtout une relation de souffrance, ma famille ayant été déracinée et déportée.
Puis progressivement, j'ai commencé à aller dans des synagogues, j'ai appris un peu l'hébreu avec Yaël Yotam. Mon lien avec Israël n'est ni mental ni intellectuel. Je me sens lié à ce peuple de par son histoire et l'histoire de ma famille.

Aurez-vous le temps de visiter un peu le pays, et peut-être de rencontrer ses artistes ?

Pas pendant cette tournée, mais je souhaite vivement revenir hors du cadre du travail pour mieux connaître Israël. Ce que je peux dire déjà, d'après mes expériences passées, c'est qu'Israël est un pays qui transforme les êtres. Il y a quelque chose dans l'air qui ramène l'être à soi-même. Ce n'est pas forcément une expérience facile pour tout le monde, mais je souhaite prendre le temps de la vivre jusqu'au bout un jour. Je me réjouis en tout cas de cette nouvelle rencontre que j'attends comme on attend un rendez-vous avec quelqu'un qu'on ne connaît pas encore vraiment, mais qu'on devine déjà.

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Le rendez-vous d'amour entre Monsieur Swing et son nouveau public ne devrait pas manquer d'être un événement exceptionnel, autant musicalement que spirituellement. La rencontre aura lieu le dimanche 19 mars à 20h30, au Palais des arts de la scène de Tel-Aviv. Réservations : 03-544 60 41/2 ou sur www.hashigaon.com.

Sandrine Ben David (Jerusalem Post Edition Française, mars 2006)

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05 décembre 2009

Paroles d’homme : Paul Auster

L'écrivain juif américain Paul Auster est en France, pour présenter la traduction française de son dernier roman, « Seul dans le noir », qui vient de paraître en janvier chez Actes Sud. Un court récit de 180 pages qui met en scène un vieil homme, August Brill, ancien critique littéraire, vit chez sa fille avec elle et sa petite-fille. Contraint à l’immobilité par un accident de voiture, il se souvient de sa femme morte et des films qu'il a aimés, dialogue avec sa fille, Miriam, qui tente d'écrire un livre, et avec sa petite fille Katya, tourmentée par le remords. Titus, son amoureux, avec qui elle avait rompu, s'était engagé dans une société privée travaillant à Bagdad. Il est mort dans des conditions atroces, dans un pays en guerre.

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Le vieil homme, prisonnier de ses regrets et de sa solitude, trouve refuge contre les souvenirs qui l’assaillent lors de ses fréquentes insomnies en se racontant l’histoire d’un monde parallèle où le 11 septembre n’aurait pas eu lieu et où l’Amérique ne serait pas en guerre contre l’Irak mais contre elle-même, en proie à la plus dévastatrice des guerres civiles, la ville de New York ayant fait sécession contre elle.

L’admiration :

La première fois que j’ai rencontré Samuel Beckett, c’était en 1972, j’avais 25 ans et la peintre Joan Mitchell m’avait donné un mot de recommandation. Je suis arrivé tout tremblant de peur à la Creuserie des Lilas pour le voir. Il m’a parlé de son premier roman en français « Mercier et Carnier », dont il débutait une traduction en anglais, et il m’a confié qu’il avait coupé une partie du texte dans la traduction, parce qu’il trouvait que ce n’était pas bon. J’avais lu ce livre en français et je lui ai dit : « Mais pourquoi ? J’ai beaucoup aimé chaque page de ce livre ». Nous avons parlé d’autres choses, et dix minutes plus tard, à propos de rien, il s’est penché vers moi et m’a dit : « Vous avez vraiment aimé le livre ? » (rires). Cela m’a appris une chose. Les écrivains ne savent rien de ce qu’ils font (rires), même les plus grands.

L’écrivain :

Heureusement, il n’y a pas de règles pour lui. On peut écrire un livre sur les guerres ou sur un histoire simple. Ce qui est important, c’est de dire la vérité sur la vie et de la faire d’une manière qui ne triche pas. J’écris avec un stylo et un crayon, sur des cahiers à petits carreaux. Pas toujours des Clairefontaine, mais toujours à petits carreaux (rires). Un cahier, c’est une maison pour les mots, on peut la fermer. J’écris un livre paragraphe par paragraphe et j’écris dans l’ordre du livre. Je commence par le premier mot, et je continue jusqu’au dernier mot. Travailler sur un paragraphe peut me prendre dix minutes comme dix jours. Dès que je pense que le paragraphe est fini, je le tape sur une ancienne machine à écrire mécanique. C’est une méthode.

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La construction :

« Seul dans le noir » est fait d’une seule pièce. Il est construit comme une composition de musique classique. Dès le début du roman, il y a des thèmes qui sont posés, que l’on reconnaît par la suite, qui reviennent tout au long du livre et se développent. C’est un peu comme une fugue. Tout est connecté dans ce livre.

Le héros :

J’ai toujours été intéressé par le livre, en tant qu’objet physique et spirituel. Quand on lit un roman, il y a toujours une voix qui nous parle. Je me demande toujours qui est cette voix. Est-ce que c’est l’auteur, le nom sur le livre ? Cet homme, dont le nom est écrit sur la couverture, au fond, est comme tout le monde. Il paie des impôts, il lave la vaisselle. Il n’a pas plus d’autorité qu’un autre. Je me suis demandé, avant d’écrire mon premier roman, ce qui allait se passer si je donnai mon nom au héros de mon livre. Et puis, ce héros s’est mis à dire exactement le contraire de ce que je pensais, moi…

Les fantômes :


La perte est l’un des plus grands problèmes que l’on peut avoir dans la vie. Et l’homme devient intéressant lorsqu’il est confronté à des problèmes. Je ne suis pas un écrivain de la vie sociale. Je n’écris pas mes livres comme des portraits de notre temps. Je suis beaucoup plus occupé par la vie intérieure des gens. Leurs regrets, leurs espoirs, et leur capacité de se réinventer après une tragédie. Brill a beaucoup de peines et de regrets auxquels ne veut pas se confronter, et en mêlant sa vie à une autre réalité, il se prend à son propre piège et n’arrive pas à sortir de son « autre monde ».

L’amitié :

Le romancier et essayiste israélien David Grossman est l’un de mes meilleurs amis. C’est un homme d’une intelligence et d’une sensibilité extraordinaires, peut-être l’homme le plus admirable que j’ai rencontré dans toute ma vie. En juillet 2006, son fils Uri, qui venait tout juste d’avoir  vingt ans, a été tué pendant la guerre du Liban. J’ai pensé que je devais écrire un livre pour David et pour Uri. Dans « Seul dans le noir », il y a d’abord un soldat qui meurt à la guerre. Tout le livre s’est formé autour de cette idée.

Le 11 septembre :

Je crois que cette tragédie a déclenché quelque chose. Nous sommes juste un peu après ces terribles attentats, mais il est encore trop tôt pour savoir où nous allons. L’histoire n’est pas encore finie. Je crois que les grands livres historiques sont écrits bien après les évènements. Je ne suis pas encore prêt à écrire sur le 11 septembre, même si j’étais là, à New York, au moment où ça s’est passé. Les américains sont un peuple très gâté, parce qu’un océan nous sépare des autres pays et que nous n’avons presque jamais été envahis. La seule fois, avant le 11 septembre, où l’Amérique a été attaqué par un autre pays, c’était en 1812, avec l’invasion des anglais. Les américains avaient cette idée qu’ils étaient invulnérables, avant la tragédie.

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Barack Obama :

Je l’ai découvert comme beaucoup d’Américains, le 27 juillet 2004, lors du discours extraordinaire qu’il a prononcé en tant que candidat pour être sénateur dans l’Illinois : «Il n’y a pas une Amérique libérale et une Amérique conservatrice, il n’y a que les Etats-Unis d’Amérique. Il n’y a pas une Amérique noire, une Amérique blanche, une Amérique latino et une Amérique asiatique, il n’y a que les Etats-Unis d’Amérique. ». Je suis très content que le président américain soit non seulement un écrivain, mais un bon écrivain. Comme tout le monde, j’ai acheté son autobiographie qu’il a écrite quand il avait 33 ans. Beaucoup d’hommes politiques se font écrire des livres, ce qui n’est pas son cas, car il était trop jeune alors et encore complètement inconnu. Il faut lire ce livre.

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Seul dans le noir (Man In The Dark) de Paul Auster
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Christine Le Boeuf,
Actes Sud, 192 p., 19,50 €.

Propos recueillis par Sandrine Bendavid (Alliancefr.com décembre 2008)

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