Le 20 mars de chaque année, des francophones de tous les continents célèbrent la Journée internationale de la Francophonie. Une journée dédiée à la langue française qui unit 200 millions de locuteurs recensés dans le monde et rassemble les 800 millions de personnes vivant dans les 68 Etats et gouvernements de l'Organisation internationale de la Francophonie. Une occasion pour les francophones du monde entier d'affirmer leur solidarité et leur désir de vivre ensemble, dans leurs différences et leur diversité. Alex Cormanski, responsable des différents événements qui auront lieu en Israël autour de la Journée de la francophonie, présente un riche programme d'activités aux lecteurs du Jérusalem Post édition française.

Depuis combien de temps êtes-vous en poste en Israël, quelles sont vos différentes missions et quels sont les projets que vous préconisez ?

J'occupe, depuis bientôt deux ans à l'ambassade de France, les fonctions d'attaché de coopération pour le français, et d'attaché de coopération universitaire. Je m'occupe d'éducation en Israël du niveau secondaire jusqu'aux études supérieures.

Je suis également responsable du domaine de la jeunesse et des sports, ainsi que de la coopération administrative, c'est-à-dire de l'échange et de la formation de hauts fonctionnaires israéliens en France.

En ce qui concerne l'enseignement de la langue française, je suis en train de créer des groupes de théâtre pour étudiants partiellement francophones pour les familiariser avec ta langue ou parfaire leurs connaissances par l'intermédiaire du jeu. Je souhaite, dans cette même optique, créer en outre un grand concours de la chanson francophone.

Dans ma réflexion sur les domaines d'attractivité du français, je privilégie la transmission du savoir- faire, en particulier dans le domaine des métiers de bouche et de la mode. J'ai donc décidé d'initier un programme de cours de français de base pour jeunes étudiants israéliens qui désirent partir apprendre un métier en France.

Nous développons, dans ces domaines, des programmes de coopération interuniversitaires et les jeunes Israéliens peuvent bénéficier de bourses pour leurs études en France.

En jeunesse et sport, j'essaie de promouvoir le rugby, qui est un sport d'équipe aux valeurs éducatives très fortes dans lesquelles les Israéliens peuvent facilement se reconnaître. Nous organisons de grandes manifestations aussi dans le domaine du surf et même de la pétanque !

Pourriez-vous nous parler de la francophonie en Israël ?

Elle est très active et je la divise en trois catégories : Celle des non-francophones, celle des partiellement francophones et celle des francophones. Les non-francophones sont tous ceux qui apprennent le français comme une langue étrangère.
Il est intéressant par exemple de noter que 40 % des étudiants du département français de l'université de Tel-Aviv sont d'origine russe. 5% de la population israélienne est francophone, ce qui équivaut à 350 000 personnes, qui exercent une francophonie active et maîtrisée.

En dehors de cette population, il existe une francophonie de niveau plus ou moins élevé, mais avec un désir de France très fort, et c'est ce public-là que nous essayons de cibler.

La semaine de la francophonie est bien évidemment un événement mondial. Chaque année, la délégation générale à la langue française choisit une dizaine de mots, prétextes à diverses manifestations autour de la langue française qui se déroulent généralement pendant la dernière semaine du mois de mars.

Pour 2007, ce sont les mots "migrateurs" qui ont été sélectionnés, ces mots étrangers qui ont fécondé et nourri la langue française "amour, bijou, bizarre, chic, clown, valser, bachi-bouzouk, mètre et abricot".

Nous organisons tous les ans un concours de nouvelles à partir de ces dix mots, ouvert aux francophones et aux non-francophones, dont l'exigence est l'utilisation des mots dans le texte tout en respectant le principe de cohérence. La semaine de la francophonie en Israël sera une semaine un peu large, puisqu'elle se déroulera dans tous le pays du 10 au 20 mars.

Quelles sont les grands événements au programme ?

Du 10 au 14 mars, Marie Treps, linguiste, chercheur au CNRS, animatrice à France Inter, auteur du livre à succès Les mots voyageurs, de Calembourdes, et du Dico des mots caresses, donnera plusieurs conférences au CCF Romain Gary de Jérusalem, au CCF Gaston Deferre de Haïfa, puis à l'IFTA sur le thème des mots migrateurs, officiellement choisi par la délégation générale à la langue française pour marquer le lien entre diversité linguistique et diversité culturelle.

Marie Treps interviendra également à l'université hébraïque de Jérusalem auprès d'un public étudiant, à l'université de Haïfa ainsi qu'à l'université de Tel-Aviv. Elle animera un atelier pédagogique à l'intention des professeurs de français de l'IFTA.

Les 19 et 20 mars aura lieu le colloque "Judaïsme et francophonie" au collège académique de Netanya le premier jour et à l'université de Tel-Aviv le second.

Y interviendront tout d'abord, sur les thèmes de la création juive francophone en Israël et dans le monde, de nombreuses personnalités, dont Jacques Huntzinger, président de la Fondation France Israël, Patrick Ulanowska, représentant de l'organisation mondiale de la francophonie, et Zeev Boïm, ministre de l'Immigration et de l'Intégration d'Israël.

Lors de la deuxième journée s'exprimeront, sur les thèmes de la littérature juive et de la francophonie en Israël, Yigal Palmor du ministère israélien des Affaires étrangères, Yehouda Lancry de l'Alliance israélite universelle, Nicolas Weill du journal Le Monde et le philosophe Alain Finkelkraut.

Le 20 mars, journée de la francophonie, se tiendra à Haïfa un colloque sur "La réticence dans des écritures poétiques et romanesques contemporaines", cette figure tenant du retrait et de la retenue, entre le "tout dire" et le "vouloir taire".

Ce colloque sera organisé par le Pr Jacqueline Michel du groupe de recherches en poétique et poésie contemporaine du département de langue et littérature françaises de l'université de Haïfa. Le chercheur universitaire Daniel Aranjo, de l'université Sud de Toulon-Var, lauréat du prix de la critique de l'Académie française, interviendra sur le sujet de la réticence en écriture.

Enfin, du 18 au 22 mars, se déroulera à Jérusalem, Haïfa, Tel-Aviv et Ashdod un festival international du conte francophone avec la participation de Muriel Bloch de France, &Elisabeth Desjardins du Canada, de Brigitte Lugon de Suisse, de Souleymane Mbodge du Sénégal, de Mélancolie Motte de Belgique.

Outre les quatre soirées de contes à l'attention d'un public francophone, les conteurs interviendront dans quelques écoles auprès d'élèves israéliens apprenant le français ainsi que dans les lycées français de Jérusalem et au lycée Marc Chagall de Tel-Aviv.

Il reste à noter la présence en Israël, du 15 au 24 mars, de Serge Toubiana, directeur de la cinémathèque française de Paris et rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma, qui présidera le jury du festival international du documentaire DocAviv. Plusieurs films présentés par la France seront diffusés à ce festival.

Infos : ambassade de France en Israël : http://fr.ambafrance-il.org/

Sandrine Bendavid (Jerusalem Post Edition Française, mars 2007)